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Guide des électeurs, scrutin fédéral du 19 octobre 2015

Présentation lors de l'atelier du 7 octobre 2015 sur les élections fédérales.

À quoi sert le vote ?

Dans notre système démocratique, le citoyen n'a pratiquement aucune prise sur les décisions politiques : il n'a que la possibilité de voter à tous les quatre ans pour élire ses gouvernants.

Autrement dit, la démocratie ne signifie pas que le pouvoir appartient au peuple: elle signifie simplement que les électeurs choisissent leurs gouvernants qui ont ensuite pleine légitimité pour prendre seuls toutes les décisions pendant la durée de leur mandat. Le citoyen ne peut que renouveler leur mandat ou les jeter dehors.

Bien des électeurs ont l'impression qu'un vote sert à toutes sortes de fins : protester contre une politique, promouvoir une idée, envoyer un message aux autorités, faire avancer une cause, appuyer un candidat local pour qui on a une grande considération ou toute autre raison. Il est bien sûr que l'électeur est libre d'utiliser son vote comme il le veut. Cependant, pour faire une analogie, bien qu'on puisse employer un fer à repasser pour enfoncer un clou, il faut reconnaître que ce n'est pas l'usage normal.

S'il veut utiliser le vote pour la raison pour laquelle il a été conçu, l'électeur a deux choix : voter pour le parti qui représente le mieux sa philosophie ou ses intérêts ou voter stratégique, c'est-à-dire en faveur du parti le mieux placé pour battre celui qu'il déteste. Par exemple, lors de la prochaine élection, de nombreux québécois voteront pour le parti le mieux placé pour défaire les Conservateurs.

Seulement trois partis peuvent théoriquement faire élire assez de candidats pour former un gouvernement : les Conservateurs, les Libéraux et le NPD. Un vote pour l'un quelconque des 19 autres partis reconnus par Élections Canada n'est pas un vote pour la sélection des gouvernants.

Un bon nombre d'électeurs croient cependant qu'il est important d'afficher leurs convictions souverainistes en votant pour le Bloc québécois ou d'indiquer leur préoccupation pour la protection de l'environnement en votant pour le Parti vert. Il s'agit de choix personnels justifiables qui ont sans doute leurs mérites respectifs. Dans le cadre de la présente analyse, ces partis ne peuvent toutefois pas être considérés au même titre que les trois grands partis.

Comment choisir un parti pour gouverner le pays?

La pire façon de choisir entre les partis est de se baser sur les promesses électorales, car les partis font toutes sortes de promesses qu'ils ne seront souvent pas capables de respecter. Au premier rang de ces Drapeau canada 350chimères sont les promesses économiques, qu'il s'agisse de croissance ou de création d'emplois. Car dans notre système, les États ont peu de moyens pour stimuler la croissance économique et créer des emplois. L'économie fortement mondialisée échappe de plus en plus à l'influence des gouvernements. Par ailleurs, tous les partis importants se disent les champions de la classe moyenne. Aucun moyen de les départager là-dessus.

Voici brièvement ce que disent des partis politiques leurs admirateurs et leurs détracteurs.

Analyse des principaux partis politiques

Parti conservateur du Canada (PCC)

Discours des partisans

Le Parti conservateur respecte et encourage l'effort individuel. Il n'enlève pas le fruit du labeur des gens pour le redistribuer à d'autres qui ne font sciemment que peu ou rien pour notre société.

Le Parti conservateur ne veut pas d'un gouvernement qui s'occupe de ce que les individus, les familles, les entreprises et les gouvernements provinciaux et locaux peuvent faire mieux que lui. En réduisant la taille du gouvernement, il est en mesure d'alléger les taxes et les impôts et de laisser plus d'argent dans les poches des contribuables qui peuvent, mieux que les ministères fédéraux, décider comment utiliser cet argent à bon escient. De plus, sa bonne gestion des finances publiques a grandement favorisé la croissance économique.

Par ailleurs, un gouvernement conservateur, en matière de justice criminelle, prend la part des victimes plutôt que celle des criminels et ne ménage pas ses efforts pour combattre le terrorisme.

Pour compter sur la stabilité et l'expérience, la meilleure option est de réélire le gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Discours des adversaires

Les Conservateurs ont sabré dans les dépenses fédérales. Ces coupures ont été absolument énormes, dépassant en ampleur tout ce que le soi-disant programme d'austérité de l'actuel gouvernement du Québec tente de réaliser. Les revenus du fédéral représentent aujourd'hui 14,5 % du PIB contre 16,2 % en 2005, soit 34 milliards de $ de moins.

Il est évident que de telles réductions impliquent des coupure de services, mais les Conservateurs ont soigneusement caché où ils ont coupé et les effets de ces compressions. Même le Directeur du budget, un organisme que les Conservateurs ont eux-mêmes créé, n'a pas été capable d'obtenir cette information pourtant cruciale pour évaluer l'action du gouvernement.

Les Conservateurs promettent de continuer leur programme de compression des dépenses dans les années futures. De telles réductions signifient que les gouvernements qui pourront les remplacer dans l'avenir seront lourdement handicapés dans leur capacité de répondre aux besoins de la population. Il importe donc d'empêcher au plus vite ce gouvernement de continuer à détruire les capacités de l'État fédéral. Mentionnons seulement, à titre d'exemple, les coupures effectués en matière de recherche scientifique et à Radio-Canada.

Il importe de souligner que le bilan du gouvernement Harper dans le dossier de l'environnement est absolument déplorable.

Malgré qu'ils aient été élus grâce à un programme de réformes démocratiques après le scandale des commandites, les Conservateurs se sont acharnés à brimer les droits de l'Opposition en utilisant des projets de loi omnibus, en imposant le bâillon et en cachant l'information, remplaçant celle-ci par de la propagande politique. Leur obscurantisme les a amenés à éliminer le caractère obligatoire du questionnaire long du recensement, enlevant ainsi aux données socio-économique recueillies toute validité. Le caractère partisan, cachotier et hypocrite de ce gouvernement a été amplement démontré dans l'affaire Mike Duffy. Le gouvernement Harper est l'exemple même d'un gouvernement autocratique et secret.

Parti libéral du Canada (PLC)

Discours des partisans

Le Parti Libéral a dirigé le pays de façon compétente durant la plus grande partie du XXe siècle. Ce parti a des traditions de centre gauche qui correspondent aux vœux de la majorité des Canadiens. Le parti a certes changé plusieurs fois de chef ces dernières années, mais ces changements n'ont pas modifié sa nature profonde qui est ancrée dans l'histoire. On peut, sans risque, faire confiance à ce parti pour diriger le pays dans le meilleur intérêt du plus grand nombre.

En matière de finances publiques, le parti Libéral adopte une position réaliste: ne revenir à l'équilibre budgétaire que dans trois ans et accepter un déficit modeste de 10 milliards de dollars pour relancer l'économie.

Discours des adversaires

Le chef du parti, Justin Trudeau, n'a pas l'expérience de la gouverne d'un pays. Personne ne sait ce dont il est capable. Étant donné la place proéminente qu'occupe un premier ministre dans notre système politique, le choisir pour combler ce rôle constitue un risque important.

La promesse du Parti libéral de faire un déficit durant les trois prochaines années ne sera pas difficile à tenir: rien n'est plus facile pour un gouvernement que de faire des déficits! On s'engagera ainsi sur une mauvaise pente pour un objectif illusoire. En effet, qui peut croire qu'une dépense additionnelle de 10 milliards de dollars pourra relancer une économie dont le poids est de 2 000 milliards de dollars.

Nouveau parti démocratique (NPD)

Discours des partisans

Après 10 ans de règne des Conservateurs de Stephen Harper qui a toujours été élu par moins de 40 % des votes (et seulement 25 % des électeurs inscrits), un changement s'impose. Ce parti doit être remplacé par une formation bien placée pour combler les aspirations de la grande majorité des Canadiens, le NPD.

Le NPD a une longue tradition démocratique et fera en sorte d'instaurer un climat d'ouverture lui permettant d'être à l'écoute des citoyens et de faire fonctionner nos institutions politiques d'une façon conforme aux traditions du pays. De plus, le travail sérieux et rigoureux de Thomas Mulcair à la Chambre des Communes comme chef de l'Opposition a démontré ses qualités d'homme d'État.

Discours des adversaires

Thomas (ou Tom) Mulcair est reconnu davantage pour diviser que pour rassembler. Il tente actuellement de modifier son image de « angry Tom » (Tom le furieux) pour la remplacer par celle d'un homme toujours souriant, mais tout le monde sait qu'une personne de 60 ans ne peut pas se transformer du tout au tout.

Il est difficile de savoir où campe le NPD sous la direction de Mulcair. Les déclarations passées de ce dernier démontrent qu'il n'est pas un homme de gauche mais plutôt un caméléon politique. De plus, ses discours en français et en anglais ne sont pas les mêmes : il présente des versions différentes de ses politiques au Québec et au Canada anglais.

Jusqu'à il y a deux ans, le NPD se définissait dans ses statuts officiels comme un parti socialiste. Il se présente maintenant comme un parti social démocrate. Il s'agit d'un parti centralisateur fortement appuyé par les syndicats et dont le programme interventionniste comporte plusieurs dizaines de pages (ce programme, autrefois accessible, a été remplacé dans le site Web du parti par une plateforme électorale beaucoup plus modeste).

Étant donné toutes ces contradictions, il est difficile de savoir où nous conduirait un éventuel gouvernement NPD, d'autant plus que les candidats réunis autour de Mulcair n'ont pas fait leurs preuves. Il importe de se rappeler que le mandat du gouvernement NPD de Bob Ray en Ontario au début des années 1990 s'est avéré désastreux.

Les grands traits des principaux partis politiques

Les électeurs choisissent un gouvernement pour quatre ans. Ils ne devraient donc pas se baser sur les enjeux d'actualité courante pour faire leur choix. Il est plus logique de se demander où chacun des partis amènerait le pays dans quatre ans.

Car il est impossible de savoir les enjeux qui surgiront dans 6 mois et encore moins dans les années suivantes. L'électeur devrait s'interroger sur le parti qui peut le mieux donner au pays la direction qu'il privilégie. Par exemple, s'il désire un gouvernement qui réduit la taille de l'État, qui prône des peines de prison plus sévères et qui fait passer le développement économique avant la protection de l'environnement, cet électeur devrait voter Conservateur.

Durant la campagne électorale, les chefs de partis occupent toute la place, mais un parti est beaucoup plus qu'un chef: c'est une machine avec des employés permanents, des organisateurs bénévoles, des bailleurs de fonds, des militants, des partisans, une histoire, une idéologie, des croyances fondamentales, un programme et une plateforme électorale. Sans oublier les candidats aux élections et les élus. Il importe donc de considérer la philosophie générale des partis et les groupes sur lesquels ces derniers s'appuient.

Le Parti conservateur

Les Conservateurs sont au pouvoir depuis près de 10 ans et leur philosophie est bien connue. Stephen Harper a déjà indiqué que son objectif est d'effacer l'héritage Libéral au pays en réduisant le rôle de l'État, en diminuant les taxes et les impôts et en instaurant une politique étrangère répudiant le multilatéralisme.

Le Parti libéral

Le parti Libéral a été au pouvoir durant de très longues périodes et il serait surprenant qu'il cause des surprises une fois revenu au pouvoir. Il a toujours gouverné au centre, cherchant à attirer les électeurs tant de gauche que de droite. Son orientation fondamentale a été de se fier aux sondages pour adopter les politiques les plus susceptibles de plaire à la majorité de la population.

Le NPD

Contrairement aux Conservateurs et aux Libéraux qui sont soutenus par les milieux d'affaires, le NPD est soutenu par les syndicats. Ses militants se disent de gauche. Dans le passé, le parti s'est contenté d'œuvrer dans l'opposition et de défendre une approche sociale-démocrate, certains diraient socialiste. Pour le rapprocher du pouvoir, le chef actuel, Thomas Mulcair, lui a fait effectuer un virage vers le centre.

Le NPD n'a jamais détenu le pouvoir au niveau fédéral, mais ce parti a formé plusieurs gouvernements dans toutes les provinces situées à l'ouest du Québec ainsi qu'en Nouvelle-Écosse. Ces partis provinciaux n'ont jamais été guidés par des attitudes dogmatiques. On peut croire que le parti adopterait au niveau fédéral les mêmes positions, c'est-à-dire celles d'un gouvernement de gauche prônant des politiques interventionnistes conférant une plus grande place à l'État.

La question qui se pose aux électeurs le 19 octobre prochain est la suivante: quel parti pourra le mieux assurer la gouverne de l'État au cours des quatre prochaines années? À chacun de prendre la décision qu'il estime la plus judicieuse.

Groupe gouvernance et démocratie, 7 octobre 2015

12 votes. Moyenne 3.67 sur 5.

Date de dernière mise à jour : 05/10/2016