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Le coronavirus COVID-19 vu par Richard Beaudoin

Trois textes rédigés par Richard Beaudoin, responsable du Groupe sciences.

Rassemblement et augmentation du risque de décès! Pourquoi?

Dans la crise sanitaire sans précédent que nous vivons, voici des extraits d'information scientifique sur lesquels nous aimerions attirer votre attention par rapport aux points suivants :

  • Taux de reproduction de base du virus communément appelé le R0
  • Immunité collective; 
  • Transmission de la COVID-19 par des personnes asymptomatiques.

Pour mieux comprendre les informations inhérentes à ces trois sujets, nous reproduisons ci-dessous, en italique et en retrait, le contenu partiel d’articles scientifiques dont vous pouvez prendre connaissance.

Taux de reproduction de base du virus (R0)

« Le R0 d’une maladie infectieuse nous dit combien de personnes en moyenne sont infectées par une personne contaminée. Par exemple, si R0 = 3 au 1er cycle d'infection, cela signifie qu’une première personne infectée va transmettre le virus à trois autres personnes. Au 2e cycle d'infection, ce seront neuf personnes qui seront touchées. Au 12e cycle, nous aurons environ un demi-million de personnes atteintes. Si le R0 est moitié moins élevé, soit 1,5 au lieu de 3,0, au 12e cycle d'infection, nous aurons environ 150 personnes qui seront infectées au lieu d'un demi-million. On voit toute l'importance du R0.

Intuitivement, si R0 < 1, l’épidémie va être stoppée. Dans le cas où R0 = 0,5, 100 personnes infectées vont transmettre le virus à 50 autres. Ces 50 personnes vont le transmettre à 25 et ainsi de suite. On voit que l’épidémie va disparaître.» Texte d'Alain Labelle en entrevue avec Guy Boivin, professeur au Département de microbiologie-infectiologie et d'immunologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval, 5 mars 2020, Radio-Canada Info ..

Comment la distanciation sociale influe-t-elle sur le R02 metres

« Afin de ralentir ou même stopper une épidémie, on doit diminuer le R0. En l'absence d'un vaccin et d'antiviraux, il y a un seul facteur sur lequel on peut intervenir : le nombre de contacts par jour. Les mesures de distanciation sociale visent spécifiquement à réduire le nombre moyen de contacts par jour par personne. Et l’équation est simple : si l'on diminue le nombre de contacts de moitié, on diminue le R0 de moitié ‒ de 3 à 1,5. Si l'on parvient à réduire encore plus les contacts, on peut même arrêter l’épidémie.

Par exemple, dans le cas du SRAS en 2003, le R0 était de 3 au début de l’épidémie. Mais grâce à des mesures d'isolement, d’éloignement et de quarantaine, les autorités ont réussi à faire baisser le R0 à 0,5, ce qui a permis d’éradiquer l’épidémie. Il faut dire que la transmission du SRAS se faisait principalement lorsque les personnes infectées devenaient très malades. Elle survenait en grande partie dans les milieux hospitaliers. Une fois que les mesures de prévention ont été mises en place dans ces milieux, l’épidémie a été stoppée.

Pour la COVID-19, la transmission se fait dans la population et potentiellement par des personnes asymptomatiques. Il sera donc beaucoup plus difficile de contenir l’épidémie de COVID-19.

Individuellement, on peut donc associer une cible quotidienne à ces mesures de distanciation sociale. Au minimum, si dans ses activités usuelles avant l’épidémie une personne avait des contacts avec 20 personnes, elle doit viser maintenant à réduire ses contacts à moins de 10 personnes. Évidemment, si l'on peut diminuer encore plus son nombre de contacts, l'ampleur de l’épidémie sera moindre. Si chaque Canadien atteint cet objectif minimal, on va ralentir de façon substantielle la progression de cette épidémie. » Benoît Mâsse, professeur de médecine sociale et préventive à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM), 20 mars 2020.

L’auteur de cet article, Benoît Mâsse, précise également que les mesures de distanciation sociale sont efficaces si elles durent au moins huit semaines. La plupart des provinces canadiennes les ont imposées pour une période de deux à trois semaines, mais il est fort possible qu’elles soient prolongées jusqu’à la fin avril, sinon jusqu’en mai ou juin.

Il souligne que la transparence et le partage d’informations parmi les scientifiques vont grandement accélérer la mise au point d'un vaccin et d'antiviraux. Mais pour le moment, la seule façon de contenir cette épidémie, c’est par des mesures de distanciation sociale.

En fait, la plus grande inconnue, c'est le côté sociétal. Les mesures de distanciation sociale exigent une discipline collective. Collectivement et individuellement, en réduisant nos contacts quotidiens de moitié, et même plus, nous pouvons contribuer à freiner l’épidémie. Mais il est impératif que chacun y mette du sien. Autrement, tous nos efforts et sacrifices seront vains.».

Note. C’est d’ailleurs pour cette raison que le premier ministre, le directeur national de la santé publique et la ministre de la Santé insistent constamment sur la distanciation sociale et l’hygiène des mains, leur objectif étant d’abaisser le R0 et limiter le nombre de décès.

L’immunité collective comme mesure de protection

Plusieurs d’entre vous ont sûrement entendu dire que la Suède et quelques autres pays européens n’ont pas confiné leur population. Ce faisant, ces pays espéraient qu’en laissant libre cours au virus, le nombre de gens immunisés augmenterait et qu’ainsi leR0 diminuerait, entraînant la disparition du virus. 

« En effet, la proportion de gens immunisés dans la population est assez élevée pour que les nouvelles personnes infectées soient en contact avec une majorité de personnes immunisées. Le R0 diminue et devient inférieur à 1.  Alors, l’épidémie décroît rapidement et un seuil d’immunité collective est atteint », poursuit le professeur Mâsse dans le même article.

Malheureusement pour ces pays, leur stratégie visant le développement d’une immunité collective n’a pas fonctionné, puisqu’ils ont tous imposé, par la suite, des mesures de confinement volontaire ou obligatoire. La Suède compte environ quatre fois plus de morts par million d’habitants que la Norvège et huit fois plus que la Finlande, ses pays voisins. Coronavirus Disease (COVID-19) - Statistics and Research par Max Roser, Hannah Ritchie, Esteban ORtiz-Ospina and Joe Hasell. Our World in Data.

Pourquoi cette stratégie n’a-t-elle pas fonctionné?

« Parce que le seuil d’immunité collective n’est pas le même pour toutes les maladies virales puisqu’il dépend en partie du R0. Pour l’instant, on estime que le R0 de la COVID-19 se situe entre 2 et 3 et on ne connaît pas le seuil d’immunité collective de ce virus, qui se situerait entre 30 et 70 % de la population. COVID-19 : l'immunité collective peut-elle nous protéger? Valérie Borde, Centre Déclic. Québec Science, 30 mars 2020.

Il aurait donc fallu qu’au minimum le tiers de la population de la Suède et des autres pays qui militaient pour une stratégie collective, soit immunisé pour que la COVID-19 soit contenue, poussant les systèmes de santé nationaux à leur limite et provoquant ainsi une augmentation considérable des décès.

C’est d’ailleurs pour être en mesure de soigner un maximum de personnes infectées et de réduire le taux de mortalité que les experts optent pour un confinement sévère, ce qui permet d’aplatir la fameuse courbe de propagation du virus. Entretemps, tout le monde espère que la communauté scientifique trouvera un vaccin, d’ici 12 à 18 mois, et que le virus ne reviendra pas nous hanter à l’automne.

Estimons-nous extrêmement chanceux à cet égard, parce que les autorités du Québec ont opté très rapidement pour une stratégie de confinement!

Personnes asymptomatiques transmettant la maladie. Qu’en est-il?

Tel que mentionné plus haut, le SRAS a été éradiqué assez facilement. Par contre, ces informations nous indiquent également qu’il en est tout autrement pour la COVID-19, étant donné que des personnes asymptomatiques peuvent potentiellement transmettre la maladie comme le confirme l’Organisation mondiale de la santé, étant donné que nous devons couvrir tout le Québec. Environ 25 % des personnes seraient asymptomatiques selon le Dr. Don Vinh, médecin microbiologiste au Centre universitaire de santé Mc Gill, Pauline Gravel, Le Devoir, 3 avril 2020

En résumé, en étant davantage sensibilisés au facteur R0, à l’immunité collective et à la transmission potentielle du virus par des personnes asymptomatiques, nous devons tous saisir l’importance de demeurer confinés à la maison et de ne pas participer à des rassemblements.

Vous comprendrez également que lorsqu’on viendra à bout d’éradiquer la COVID-19 en abaissant le R0 à 0, la population québécoise ne sera pas immunisée pour autant puisque nous n’aurons jamais atteint le seuil d’immunité collective, lequel se situe entre 30 % et 70 %. Ainsi, à moins de voir la COVID-19 s’inhiber par elle-même ou à moins que les scientifiques ne découvrent un antivirus d’ici la fin de l’année, nous devrons nous habituer à la distanciation sociale dans l’éventualité d’une seconde vague de la COVID-19.

Déconfinement - Le Québec à l'heure des choix!

Dans le précédent texte, nous avions mentionné que la plupart des pays de la planète avaient opté pour la stratégie de confinement, sauf quelques-uns qui avaient préféré la stratégie d’immunité collective, laquelle a été d’ailleurs abandonnée par la la suite, à l’exception de la Suède. Dans les faits, la stratégie de confinement avait été choisie afin d’aplatir la fameuse courbe (pic épidémique), de façon à ne pas engorger les hôpitaux, minimiser le nombre de décès et s’assurer de la disponibilité du personnel et des équipements médicaux requis en période critique. Coronavirus covid 19

Quant au Québec, où la population est confinée et l’économie mise sur « pause » depuis la mi-mars 2020, et ce, à l’exception des services essentiels, cette province va probablement traverser la première vague de la COVID-19 sans trop de difficultés à l’exception de situations pénibles vécues dans certaines résidences pour personnes âgées, notamment dans les CHSLD.

Durant cette première vague, le Québec aura été l’un des endroits les plus performants du monde occidental. De plus, contrairement à la quasi-totalité des pays qui ont eu à combattre ce virus, le Québec n’a utilisé qu’une partie de son arsenal, principalement en raison du faible nombre de patients hospitalisés en soins intensifs.

En date du 13 avril 2020, on peut affirmer que le Québec est sur le point d’atteindre le fameux pic épidémique (courbe aplanie) et seulement quelque 800 lits hospitaliers sont occupés, alors que 7 000 à 8 000 demeurent libres. Nous n’avons également pas eu recours à tout le personnel médical pouvant être affecté à la lutte contre la COVID-19, incluant les retraités du réseau de la santé. Finalement, le matériel médical (respirateurs, masques, blouses, etc.) a été, à quelques exceptions près, disponible pour répondre aux besoins essentiels.

À titre d’information complémentaire, soulignons que le budget de la santé et des services sociaux représentait 44 % (45,4 G $) du budget total du Québec en 2019. Ce pourcentage devrait se rapprocher de 50 % lorsque le gouvernement du Québec aura mis en place de nouvelles mesures pour améliorer les services aux personnes âgées et accroître l’autonomie provinciale en matière d’approvisionnement médical.

Alternatives

Deux alternatives nous apparaissent se présenter à nos dirigeants politiques, si la COVID-19 ne parvient pas à être contrôlée.

Première alternative

Advenant qu’un antivirus ne soit pas découvert d’ici l’automne 2020 et qu’une seconde vague de la COVID-19 se pointe le nez avant que nous n’atteignions notre immunité collective, le gouvernement du Québec n’aura pas le choix de réintroduire les mêmes mesures (confinement, soutien financier aux travailleurs et aux employeurs …) que celles mises en application lors de la première vague. Si tel est le cas, nous n’osons imaginer la situation qui prévaudra, surtout en ce qui a trait au confinement!

Note : « L'immunité collective (ou grégaire) est le phénomène par lequel la propagation d'une maladie contagieuse peut être enrayée dans une population lorsqu'une certaine proportion des individus est immunisée parce qu'ils ont développé des anticorps après avoir été contaminés ou vaccinés. »

Seconde alternative

Le gouvernement essaie, tout en imposant des mesures sécuritaires, d’amener la population à atteindre un niveau d’immunité collective élevé au cours de l’été afin qu’une bonne partie de la population soit protégée contre la COVID-19 avant l’automne. Cela ne semble pas être l’option privilégiée présentement, mais si cela l’était, pour ce faire, le gouvernement devrait sans doute mettre en place une politique de déconfinement beaucoup plus agressive que celle actuellement prévue. Différents motifs, dont quelques-uns sont énumérés ci-dessous, pourraient justifier une telle approche.

Informations générales sur l’immunité collective

De nombreux spécialistes s’entendent pour dire que l’immunité collective est le seul moyen qui existe pour enrayer l’épidémie de la COVID-19, à l’exception d’un antivirus. À cet égard, le temps requis pour développer un vaccin efficace semble toujours être de l’ordre de 12 à 18 mois, et ce, après quelques mois consacrés à des recherches intensives par tous les scientifiques du monde.

Le Québec est probablement l’un des rares endroits au monde où seulement une partie des ressources humaines et médicales ont été utilisées jusqu’à présent. De nouvelles avenues sont à l’étude (recours aux retraités, hébergement du personnel médical et confinement de travailleurs dans des hôtels, adaptation des processus de production en milieu industriel afin de répondre aux besoins en soins médicaux, etc. … ).

État de la situation concernant les personnes âgées

Peu importe la stratégie retenue, afin d’assurer la sécurité des personnes les plus vulnérables, notamment celle des personnes âgées, ces dernières devront continuer à demeurer confinées en centre d’hébergement ou chez eux à moins que la COVID-19 ne s’estompe par elle-même. À ce propos, les mesures des derniers jours mises en place par le gouvernement concernant le transfert temporaire d’une partie du personnel travaillant dans les hôpitaux vers des centres d’hébergement de personnes âgées s’inscrivent en ce sens.

Toute l’expérience acquise par le personnel médical au cours du dernier mois est un gage de succès. De plus, les contacts établis avec des entreprises, dont plusieurs québécoises, contribueront, le cas échéant, à améliorer l’approvisionnement en matériel médical lors d’une seconde crise.

De nouveaux médicaments ou traitements qui allégeront les souffrances des personnes hospitalisées et des personnes en soins intensifs, en plus de limiter le nombre de décès, sont susceptibles de devenir disponibles avant l’amorce de la deuxième vague de la COVID-19.

Toutes ces mesures prises pour assurer la sécurité des aînés et l’expérience acquise par le personnel médical ainsi que par la population en général au cours de la première vague de la COVID-19 devraient permettre d’aplanir ou d’adoucir toute courbe future de contagion.

Statistiques

Les statistiques, au 13 avril 2020, nous indiquent que le pourcentage des personnes confirmées positives représente :

  • 22,2 % des cas dans la strate des 0 à 29 ans;  
  • 32,5 % des cas dans la strate des 30 à 49 ans.

Par ailleurs, le nombre de décès se répartit comme suit : Test medical

  •  0 à 30 ans : 0;
  • 30 à 40 ans : 0,6 %, soit 2 personnes sur 360, dont l’une avait des problèmes de surpoids;
  • 50 à 69 ans : 10 %, soit 36 personnes dont nous ne connaissons pas l’état de santé avant leur décès; 
  • 70 ans et plus : 89,5 %;.

Ces chiffres sont très éloquents si l’on considère, selon l'Institut national de santé publique (INSPQ), qu’une partie de la population était, au même moment, au travail et qu’une autre était asymptomatique, contribuant ainsi à propager le virus sans contrainte et rapidement

Économie du Québec

La population pourrait sortir de son confinement et reprendre une vie quasi normale à la condition de respecter :

  •  une politique de confinement stricte pour tous nos aînés ainsi qu’une politique de déconfinement plus agressive, telle la rentrée scolaire pour tous ou l’ouverture de la majorité des commerces;
  • des mesures de distanciation impliquant l’interdiction de rassemblements au-dessus d’un certain nombre de personnes.

De plus, après une pause de 5 à 6 semaines, une reprise des activités économiques serait la bienvenue, notamment pour toutes les entreprises qui œuvrent dans le secteur des services, tels les restaurants, les commerces de détail, les salons de coiffure, etc. À ce propos, n’oublions pas que le secteur de la consommation représente environ 60 % du PIB québécois.

Ce déconfinement agressif et cette reprise rapide de l’activité économique auraient également des répercussions positives sur la santé physique et mentale de tous les gens déjà confinés depuis plusieurs semaines. D’autres bienfaits, impossibles à identifier présentement, seraient susceptibles d’apparaître.

Période automnale

Que se passera-t-il à l’automne si les scientifiques n’ont pas découvert d’antivirus et que la seconde vague de la COVID-19 se présente à nos portes dans un contexte où nous aurions atteint un niveau élevé d’immunité collective?

Eh bien, si l’immunité collective remplit son rôle comme mesure protectrice préconisée par certains scientifiques, une bonne partie de la population sera immunisée, donc capable de résister à ce virus. Si c’est le cas, le déconfinement quasi total de la population du Québec aura rempli son rôle. Les entreprises poursuivront leurs opérations, les gens continueront à travailler, et surtout les personnes âgées pourront sortir de leur confinement après un printemps et un été coupés de tout contact avec leurs proches.

Trois questions cruciales s’imposent alors :

  • Pourrons-nous obtenir l'immunité collective sans un déconfinement agressif? 
  • Est-ce que notre système de santé sera en mesure de répondre aux conséquences associées à un déconfinement agressif? 
  • Quel en sera le coût en vies humaines?

Difficile de répondre à ces questions, mais une chose est certaine, dans un contexte d’immunité collective faible, de multiples effets néfastes affecteront la santé des Québécois, surtout si la COVID-19 mute au cours d’une deuxième vague. Diverses mesures de confinement reviendront et l’économie plongera dans une récession profonde.

Conclusion

Lors de l’arrivée de la première vague de la COVID-19 au Québec, nos leaders gouvernementaux ont opté, dans un premier temps, pour la stratégie optimale permettant de limiter les dégâts, soit le confinement. Toutefois, comme la découverte d’un vaccin ne peut que survenir tardivement, la seconde alternative, à savoir, l’immunité collective, devrait sûrement être privilégiée avant que la COVID-19 ne pointe de nouveau son nez. En effet, l’arrivée d’une seconde vague de la COVID-19 en mutation pourrait s’avérer beaucoup plus néfaste et difficile à gérer que la première vague, comme cela fut le cas lors de la grippe espagnole en 1918-1920.

En résumé, la voie de l’immunité collective nous apparaît toute tracée pour faire face à une deuxième vague de la COVID-19 susceptible de survenir à l’automne ou à l’hiver, et enrayer cette pandémie au Québec compte tenu :

  • de l’expérience acquise par le personnel médical et par la population lors de la première vague de la COVID-19;
  • de la qualité exceptionnelle des services de santé au Québec tant sur le plan du personnel que des équipements; 
  • des résultats encourageants obtenus en matière de décès, notamment, chez les 0 à 49 ans, et ce, malgré qu’une partie de la population était au travail ou asymptomatique lors du premier confinement; 
  • des bénéfices qui résulteront d’une isolation continue et stricte des résidents logeant dans les centres d‘hébergement de personnes âgées; 
  • de la nécessité d’une reprise de l’économie qui ne tarderait pas trop.

Finalement, soulignons que la position géographique du Québec, quasi isolé au nord-est de l’Amérique du Nord, est également un gage de succès, puisque sa situation géographique lui facilite beaucoup la tâche, eu égard à la surveillance de ses frontières.

COVID-19 : devrait-on donner raison à la Suède?

Dans le premier texte, nous avions discuté du taux de reproduction de la COVID-19, appelé le RO, de l’immunité collective et de la transmission de ce virus par des personnes asymptomatiques. Nous soulignions également que la découverte d’un antivirus ou une immunité collective étaient les seules alterna-tives pour éradiquer définitivement la pandémie de la COVID-19. La difficulté de trouver un antivirus à brève échéance, et l’invraisemblance, de mettre en application l’immunité collective à travers la planète a donc forcé la presque totalité des pays à recourir à la distanciation et au confinement, seuls moyens accessibles pour diminuer le RO, donc ralentir ou arrêter la maladie. Finalement, nous avions mentionné que même si nous parvenions à diminuer drastiquement le RO de la première vague de la COVID-19, la population québécoise ne serait pas immunisée pour autant, le seuil d’immunité collective n’ayant pas été atteint.

Dans le second texte, nous signalions qu’en raison de la qualité de son système de santé, le Québec devrait traverser cette première vague de la COVID-19 sans trop de difficultés, et ce, en imposant le confinement à une bonne partie de sa population ainsi qu’en suspendant toute activité économique à l’exception des services essentiels. Coronavirus

Advenant que la COVID-19 se pointe le nez à l’automne, nous mentionnions également que diverses alternatives s’offraient au Québec, soit de réintroduire les mêmes mesures que celles mises en application lors de la première vague ou d’amener la population à atteindre un niveau élevé d’immunité collective avant cette échéance. Finalement, sur la base de statistiques éloquentes eu égard à la première vague de la COVID-19 ainsi que sur la base de la position géographique privilégiée du Québec, nous mentionnions que nos leaders devraient privilégier la seconde alternative, en continuant d’imposer des mesures de distanciation.

Afin de mettre en perspective les stratégies de confinement et d’immunité collective, nous essaierons dans le présent document de dresser un portrait comparatif entre la Suède où la stratégie de l’immunité collective a prévalu au cours de la première vague et le Québec qui a opté pour un confinement collectif. La comparaison susmentionnée nous est apparue intéressante étant donné que ces deux états sont géographiquement positionnés avantageusement, au nord de leur continent, et que le Québec a été souvent comparé aux pays scandinaves.

Tableau 1 : Population et PIB
États Suède Québec
Population 10,18 millions (en 2018) 8,48 millions (juillet 2019)
Classe d'âge en %

0 à 14 ans

17,66 15,77

15 à 24 ans

11,18 10,93

25 à 54 ans

39,54 39,26

55 à 64 ans

11,52 14,76

65 ans et plus

20,10 19,28

75 ans et plus

9,0 8,2
PIB en milliards en 2018 575 439
Dépenses totales en santé (% / PIB) en 2018 11.0 13.2

À l’analyse du tableau 1, vous constaterez que les données comparatives de ces deux états sont quasi similaires, à l’exception de la population des personnes âgées de 65 ans et plus qui est un peu plus élevée en Suède. Le pourcentage des dépenses totales en santé (publiques et privées) par rapport au PIB est toutefois plus élevé au Québec.

Système de santé suédois

Une étude, produite en 2016, nous révèle que le système de santé suédois a été presqu'entièrement décentralisé au cours des trois dernières décennies et est devenu l’un parmi les plus performants au monde. Dans les faits, le gouvernement central a décidé de transférer la grande majorité des pouvoirs politiques et financiers en matière de santé vers les comtés et les municipalités. Son but était de rapprocher ainsi les soins aux patients, favoriser les soins à domicile et responsabiliser financièrement les comtés et les municipalités.

L’élément crucial de cette réforme est que les dépenses totales en santé représentent maintenant 11,0 % du PIB comparativement à 13,2 % au Québec. Malgré un pourcentage de dépenses publiques élevé par rapport aux dépenses totales de santé (en 2018, ce pourcentage était de 83,89 % (note 5) comparativement à 71,2 % au Québec (note 6)). Le taux de croissance annuel moyen des dépenses publiques de 2001 à 2009 a été de 3,0 % en Suède et 6,3 % au Québec, taux de croissance qui s’est maintenu aux alentours de 4 % à 5 % depuis ce temps au Québec.

Pour expliquer ces résultats stupéfiants de la réforme du système de santé suédois, nous vous présentons ci-dessous quelques statistiques provenant de cette étude.

Tableau 2 : Consultation, médication et personnel médical
États Suède Québec
Consultations de médecins par habitant

en 2006

2,6 6,4 (Québec)

en 2015 (OCDE)

2,9 7,7 (Canada)
Part des médicaments dans les dépenses de santé en 2008 9,3 12,6
Médecins omnipraticiens par 1 000 habitants 0,6 1,0
Personnel infirmier par 1 000 habitants 11,0 6,9

 

Tableau 3 : Tests, personnes contaminées et décès liés au coronavirus (état de santé au 22 avril 2020)
États Suède Québec
Tests réalisés (nombre) 74 600 180 833
Personnes contaminées (nombre) 17 567 21 838
Décès (nombre) 2 152 1 243

 

Tableau 4 : Nombre de cas confirmés et décès associés au coronavirus
États Suède Québec
Groupes d'âge Cas confirmés en % Décès en % Cas confirmés en % Décès en %
0 à 29 ans 8,8 0,3 14,1 0,0
30 à 49 ans 22,2 1,2 29,0 0,8
50 à 69 ans 30,7 11,3 25,5 8,4
70 à 79 ans 13,9 23,8 9,0 17,9
80 à 89 ans 16,0 40,7 13,1 42,0
90 ans et plus 8,4 22,7 9,3 30,9

 

Vous aurez compris, qu’en décentralisant les pouvoirs politiques et financiers aux comtés et aux municipalités, et qu’en favorisant la prise en charge par les infirmières et les infirmiers d’actes médicaux faits habituellement par les médecins, la plus grande partie des ressources humaines de la Suède se compose d’infirmières et d’infirmiers, ce qui explique grandement l’écart entre les dépenses en santé de la Suède et du Québec.

Pour fins de comparaison, notons qu’en 2017, près de 300 000 personnes travaillaient dans le réseau de la santé et des services sociaux du Québec.  Parmi eux, quelque 20 000 médecins recevaient une rémunération totale de près de 7 G $ alors que pour payer 75 000 infirmières et un nombre du même ordre de personnes auxiliaires, il en coûtait respectivement 2,5 G$ et près de 4 G$.

Ce n’est d’ailleurs pas surprenant que certains spécialistes aient recommandé aux leaders du Québec l’introduction d’un modèle décentralisé à la Suédoise en 2016.  Si le système d’organisation québécois des soins avait été davantage décentralisé et les ressources humaines en infirmières et infirmiers plus nombreuses, il est évident que nous aurions été en mesure d’agir et non de réagir au cours de la présente pandémie de la COVID-19, plus spécifiquement dans les résidences de personnes âgées, surtout dans les CHSLD.

Finalement, nous n’osons anticiper l’écart entre les dépenses totales de santé qu’il y aura entre la Suède et le Québec après les dépenses considérables que le Québec encoure présentement et celles qu’il encourra dans le futur, sans considérer les dépenses d’investissement à venir, une fois cette pandémie de la COVID-19 enrayée.

À l’analyse du tableau 3, nous constatons que le nombre de personnes contaminées en Suède est quasi identique à celui au Québec.  Par ailleurs, le nombre de décès suédois est le double de celui du Québec, et ce, dans un contexte où le nombre de tests suédois équivaut à la moitié des tests québécois.

L’examen du tableau 4 démontre que 31,0 % des cas de la Covid-19 confirmés en Suède et 43,1 % des cas confirmés au Québec concernent les groupes d’âge de 0 à 49 ans, ces pourcentages étant respectivement de 38,3 % et de 31,4 % chez les 70 ans et plus.  Quant aux décès, le pourcentage chez les 70 ans et plus s’élève à 87,2 % en Suède et à 90,8 % au Québec. Dans ce dernier cas, l’écart s’explique, notamment, par la situation tragique vécue dans les CHSLD.

Outre l’écart observé dans le groupe d’âge des 70 ans et plus, qu’est-ce qui explique les écarts susmentionnés entre la Suède et le Québec ? Pour ce faire, nous allons résumer les principales mesures mises en place durant la première vague de la COVID-19 par la Suède, omettant celles du Québec puisque celles-ci sont déjà connues de tous.

Contrairement aux autres pays d’Europe, la Suède a misé sur une stratégie conduisant à l’immunité collective, et pour ce faire, elle a maintenu ouvertes ses écoles, ses collèges, ses parcs, ses restaurants et ses commerces. Ce pays encourage le télétravail et demande aux citoyens malades ou âgés de 70 ans et plus de rester chez eux.  Il invite également les citoyens à respecter la distanciation sociale et à suivre des mesures d’hygiène rigoureuses. Les rassemblements de plus de 50 personnes ont également été interdits, de même que les visites dans les maisons de retraite.  Dans les faits, la Suède estime que les mesures susmentionnées suffisent à assurer un accès fluide aux lits d’hôpitaux bien que ce pays ne compte qu’un taux de lits disponibles très faible, soit 2,2 par 1000 habitants.

Comme le disait la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Mme Lena Hallengren :

« Nous avons focalisé nos efforts sur les personnes âgées, qui sont surreprésentées en soins intensifs. Il n’est pas nécessaire d’imposer un confinement général comme on le voit dans d’autres pays, car nos recommandations de distanciation sociale et d’hygiène sont suivies pas les Suédois. À Stockholm, il y a 70 % de gens en moins dans les rues du centre-ville, et 50 % de moins dans les transports. Un tiers des habitants travaille depuis la maison. Ces résultats nous persuadent que les mesures contraignantes ne sont pas le seul moyen de changer les comportements. »

Les résultats cités précédemment tendent à donner raison à cette ministre, surtout si l’on considère que le pourcentage des cas contaminés dans le groupe d’âge de 0 à 49 ans est 35 % plus élevé au Québec qu’en Suède, alors que ce pays a opté pour un éventail de mesures excluant le confinement général de la population et prévoyant le maintien des écoles, commerces et restaurants ouverts.  A ces résultats encourageants, il faut ajouter la diminution d’effets néfastes chez les personnes confinées ainsi que les bénéfices découlant d’une économie maintenue active.

En ce qui a trait au décès, l’Agence de la santé de la Suède a précisé que les résidents suédois nés en Somalie, en Irak et en Syrie étaient surreprésentés parmi les gens contaminés par le COVID-19.

Les dernières statistiques journalière de la Suède eu égard au COVID-19 nous révèlent que le nombre de décès est passé d’une centaine à une quarantaine entre le 9 et le 22 avril 2020.

Tableau 5 : Décès journaliers
Dates Nombre de décès
9 au 15 avril 2020 Entre 90 et 100
16 avril 2020 72
17 avril 2020 72
18 avril 2020 73

 

19 avril 2020 70
20 avril 2020 42
21 avril 2020 40
22 avril 2020 31

Conclusion

Tel que mentionné précédemment, à l’exception de la découverte d’un vaccin distribué à travers le monde, la seule autre façon d’irradier le COVID-19 est d’atteindre un seuil d’immunité collective variant entre 60 % et 80 %. Pour parvenir à cet objectif, la Suède a jugé opportun de renoncer au confinement de toute sa population et de mettre son économie sur pause, contrairement aux autres pays. La probabilité que la COVID-19 se pointe le nez à l’automne et que l’on trouve un vaccin d’ici ce temps-là sont les principales raisons qui ont motivé la Suède à adopter une telle stratégie. Sur la base de cette analyse, tout nous porte à croire qu’elle avait raison, et l’avenir nous le dira!

Est-ce-que le Québec devrait opter pour une stratégie identique le plus rapidement possible afin d’immuniser sa population d’ici l’automne?  C’est ce que nous recommandions dans notre second document en estimant minimes les chances que la COVID-19 ne s’estompe par elle-même de façon significative durant l’été.

Sources des données

Les données proviennent des sources suivantes :

  1. http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMPagePyramide?codePays=SWE&annee=2018
  2. https://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/population-demographie/bilan2019.pdf
  3. https://tradingeconomics.com/sweden/indicators
  4. https://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/economie/comptes-economiques/comptes-revenus-depenses/tabint02.htm
  5. https://fr.countryeconomy.com/gouvernement/depenses/sante/suede
  6. https://comparaisons-sante-quebec.ca/depenses-de-sante-et-nombre-de-medecins-et-dinfirmieres-quebec-et-comparaisons-canadiennes/ 
  7. https://fr.statista.com/statistiques/561946/consultations-annuelles-de-medecins-par-habitant-ocde
  8. Les consultations de patients sont réalisées, dans la majorité des cas, par des infirmières, les médecins ne voyant que les patients dont l’état est jugé sérieux.
  9. https://tradingeconomics.com/sweden/indicators
  10. https://www.inspq.qc.ca/covid-19/donnees 
  11. https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-la-suede-va-intensifier-les-tests-de-depistage-6810954 
  12. https://experience.arcgis.com/experience/09f821667ce64bf7be6f9f87457ed9aa 
  13. https://www.inspq.qc.ca/covid-19/donnees
  14. https://www.letemps.ch/monde/suede-justifie-politique-faible-confinement
  15. https://www.journaldemontreal.com/2020/04/18/en-suede-le-coronavirus-met-en-evidence-les-failles-du-modele-dintegration
  16. https://www.svt.se/datajournalistik/har-sprider-sig-coronaviruset/

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Date de dernière mise à jour : 28/04/2020