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Le gouvernement fédéral doit racheter le pont de Québec

Le Groupe a modifié sa position sur le futur statut du pont de Québec entre le début et la fin de l'année 2019. Alors qu'il privilégiait auparavant une propriété conjointe du CN, du gouvernement fédéral et du gouvernement du Québec, il défend maintenant l'idée que le gouvernement fédéral devrait être seul propriétaire.

Lettre du Groupe sur la remise à niveau du pont de Québec à M. François Bonnardel, ministre des Transports du Québec et à M. Joël Lightbound, député fédéral de Louis-Hébert, le 3 août 2020. (74.53 Ko)

Position soumise à M. Yvon Charest, négociateur spécial du gouvernement fédéral, 7 novembre 2019

Nous proposons que le pont soit repris par le gouvernement fédéral à condition que sa restauration et son utilisation à long terme soit toujours possible tant techniquement qu’économiquement. De plus, cette reprise de possession doit se faire selon des conditions acceptables pour les contribuables.

Raisons motivant cette position

ll est beaucoup plus logique que le gouvernement fédéral devienne propriétaire du pont et assume dorénavant une bonne partie des frais d’entretien pour plusieurs raisons notamment :

  • Entretenir de façon adéquate et assurer la pérennité de ce pont patrimonial, ce qui n’est pas le cas actuellement avec le CN comme propriétaire. (Entretien complet incluant la peinture, piste cyclable adéquate, mise en valeur, etc.)
  • Aider à assumer les coûts supplémentaires pour maintenir une structure pouvant permettre le transport maritime et des échanges internationaux.
  • Soutenir le gouvernement provincial qui assume déjà des coûts importants pour d’autres structures et les traversiers qui jouent le même rôle (pont Laviolette, pont Pierre-Laporte, traversiers). Le Québec est la seule province séparée en deux par une voie maritime comme le Saint-Laurent aussi importante pour l’économie canadienne. Cette séparation s’applique aussi pour le Canada si on se prolonge jusqu’aux Grands Lacs.
  • Assurer l’équité entre les villes car à Montréal, plusieurs ponts sont opérés par le fédéral.
  • Avoir un seul propriétaire, ce qui évitera les négociations permanentes comme c'est actuellement le cas.

Éléments économiques à considérer

Services rendus par le pont 

  1. Véhicules automobiles et autobus : 37 000 passages de véhicules dont 2 % de véhicules lourds
  2. Trains de marchandise (chiffres à confirmer par le CN) : 4 trains par jour x 75 wagons x 130 tonnes = 39 000 tonnes.
  3. Trains de passagers (chiffres à confirmer par Via Rail) : 68 trains de 3 à 5 wagons par semaine.
  4. Piste piétonnière et cyclable : à établir mais peu important du point de vue des coûts.

Coûts et valeurs à considérer pour la reprise du pont par le gouvernement fédéral et les frais de location par la suite

Comme principe général, le partage des coûts et les taux de location devront être établis en tenant compte de l’inflation. Voici certains coûts et valeurs à considérer :

  1. Valeur actuelle des terrains cédés par le gouvernement fédéral au CN en échange de la prise de possession du pont en 1994 : à établir.
  2. Restauration incluant la peinture : de 400 à 500 millions de dollars sur 25 ans. À réviser ou à tout le moins à préciser selon le calcul en dollars courants ou constants (chiffres publiés dans les journaux). Le partage de ces coûts devra tenir compte de l’état actuel du pont comparé à celui de 1994. Une analyse structurale ou audit technique réalisé par une firme compétente et choisie par consensus entre les intervenants pourra être nécessaire pour établir cette comparaison, valider les coûts et assurer que la restauration de la structure et son utilisation à long terme est toujours possible tant techniquement qu’économiquement.
  3. Remplacement du tablier routier = 150 à 200 millions de dollars (à confirmer par le MTQ).
  4. Démantèlement = 300 millions (probablement à réviser à la hausse selon des chiffres publiés dans les journaux).
  5. Partage actuel entre le CN et le gouvernement provincial pour l’entretien : CN =3.5 millions/an, gouvernement provincial = 6 millions/an (95 millions sur 10 ans).

Pour le Groupe l’avenir du pont de Québec :

Édouard Fafard, professionnel retraité du gouvernement du Québec 
Jean-Claude Cyr, ingénieur électrique retraité et ex-cadre de la Garde côtière canadienne
Jean Hémond, ingénieur mécanique retraité du gouvernement du Québec
Carl Lavoie, archéologue à son compte
Liv Ouellet, enseignante spécialisée retraitée
Richard Royer, économiste retraité du gouvernement du Québec
Gilbert Tessier, ingénieur en électricité et cadre retraité d’Hydro-Québec
Lucien Viel, ingénieur civil spécialisé en structure, retraité de la firme WSP

Position antérieure, février 2019

La saga du pont de Québec est maintenant une légende. On sait qu’il y a un urgent besoin qu’il soit repeint et que l’état actuel du pont s’est dégradé au cours du temps. Ce processus, amorcé depuis déjà des décennies, empirera aussi longtemps que les investissements suffisants ne seront pas effectués. Texte publié dans Le Soleil, le 27 février 2019

Les gouvernements (du Québec et du Canada), pour leur part, se font rassurants, malgré certains constats alarmants de plusieurs experts indépendants. De la bouche de plusieurs ministres du gouvernement fédéral et de notre premier ministre lui-même, Justin Trudeau, le pont est actuellement sécuritaire et l’infrastructure pourrait vivre encore longtemps (à la condition toutefois qu’elle soit correctement entretenue). Si ces affirmations reflètent bel et bien la réalité, les investissements nécessaires doivent être accordés pour la maintenir en bon état. 

Pour les besoins de l’histoire, rappelons que des négociations interminables ont toujours eu lieu avec le Canadien national (CN) pour en assurer sa restauration. Elles ont toujours été difficiles, souvent sans issue, et ont eu pour effet de retarder les investissements essentiels à sa réfection. Le Parti libéral du Canada s’est d’ailleurs engagé lors des élections de 2015 à trouver une solution pour peinturer le pont dans les six premiers mois de son élection. Faute d’entente avec le CN, il s’est engagé aussi à prendre les dispositions appropriées pour dénouer l'impasse, laissant entendre par là qu’il pourrait racheter l’infrastructure.

Près de quatre années se sont écoulées depuis ce temps, mais encore rien n’a été annoncé, alors que le pont continue de rouiller. Le ministre fédéral de l’Infrastructure et des Collectivités, monsieur François-Philippe Champagne, rappelait (Journal de Québec, 24 octobre 2018) qu’un éventuel rachat du pont de Québec par Ottawa n’est qu’un des scénarios envisagés par son gouvernement et que son engagement et son objectif était de peinturer le pont. Autrement dit, le gouvernement n’avait pas nécessairement l’intention de revoir le modèle de gouvernance.

Le gouvernement fédéral doit racheter le pont : première orientation

Nous croyons que le modèle de gouvernance du pont de Québec ne fonctionne pas, notamment, en raison des délais interminables liés à la négociation entre les parties, mais aussi, en raison de la confusion existante entre les responsabilités de chacun. Nous croyons aussi, à la limite, que le gouvernement devrait utiliser son pouvoir d’expropriation pour assurer la protection du bien commun, parce qu’au cours du temps, cette infrastructure est devenue essentielle pour assurer les liens de transport dans la région de Québec. Naturellement cette reprise de possession serait faite selon des conditions acceptables pour les contribuables.

D’ailleurs, plusieurs experts se sont déjà prononcés en considérant que le rachat du pont de Québec par le fédéral constitue le scénario optimal. Mario Fafard, professeur de génie civil spécialisé en structures à l'Université Laval, avait déjà proposé que la société d'état fédérale Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée (PJCCI)  prenne le relais. La firme Mallette, à l’occasion d’une vaste étude sur le pont de Québec, avait déjà proposé un tel scénario. On estimait qu’il serait idéal pour assurer la pérennité du pont de Québec. « La société existe. L'expertise est là. Si le pont de Québec peut appartenir au fédéral, c'est un peu la solution idéale » avait déclaré son président, Mario Bédard.

Le nouveau propriétaire, en l’occurrence le gouvernement fédéral, avec une vue élargie des possibilités, pourrait réaliser un entretien complet incluant la peinture. Ceci, en plus d’assurer davantage la pérennité de l’infrastructure, améliorerait l’image de notre ville et favoriserait des actions positives, comme par ex., la traverse du tramway (voir plus bas dans le texte), l’installation d’une piste cyclable digne de ce nom et menant à un poste d’observation, un centre d’interprétation, des expéditions sur la structure, etc. Ce pont serait alors vu comme une opportunité plutôt qu’une adversité, comme c'est le cas actuellement.

Des frais d’utilisation pourraient être facturés au CN pour les trains de marchandises et au MTQ pour les voies routières et éventuellement pour le tramway.

La réhabilitation du pont de Québec devrait être intégrée au projet du réseau structurant en transport en commun : deuxième orientation

Selon les déclarations récentes de ministres fédéraux (messieurs Champagne et Duclos), les deux priorités du gouvernement fédéral visent la réfection du pont de Québec et la mise en place d’un réseau structurant en transport en commun.

Or, nous croyons que le gouvernement fédéral, en rachetant le pont au CN, pourrait faire d'une pierre deux coups, en intégrant le projet de réhabilitation du pont de Québec à celui du réseau structurant.

Ceci permettrait de bonifier le niveau de service du pont en y ajoutant un lien en transport en commun.  Le projet viserait à faire passer le tramway ou train de banlieue sur le pont pour desservir les résidents de la Rive-Sud. L’effet serait de diminuer la congestion aux heures de pointe et d’offrir une solution de remplacement au troisième lien à moyen terme.

Il s’agirait là d’une action positive allant dans le sens de l’objectif des gouvernements de diminuer l’utilisation du pétrole par l’usage de l’automobile. De plus, le tramway (ou train de banlieue) pourrait passer sur la voie ferrée existante, contribuant à une plus grande utilisation de cette voie sous-utilisée actuellement. Il s’agirait de la solution la plus économique.

Conclusion

À notre avis, l’engagement du gouvernement fédéral à régler « le problème d’entretien du pont de Québec » ne peut avoir de sens que dans la mesure où l’on solutionne le problème de façon définitive.

La seule façon d’y parvenir est de reprendre la propriété du pont en étant pleinement responsable des décisions nécessaires à sa pérennité. Nous croyons aussi, en raison de l’opportunité d’intégrer le projet de réfection du pont à celui d’un réseau structurant, qu’il y aurait une occasion idéale pour augmenter le niveau de service en transport en commun.

Le gouvernement fédéral avec son programme national de rénovation des infrastructures sera en mesure de financer une grande partie de la remise à niveau du pont et pourra, avec ses agences, gérer les travaux importants et nécessaires comme pour les ponts Champlain et Jacques-Cartier à Montréal.

Pour le Groupe l’avenir du pont de Québec :

  • Gérard Bureau, ex-administrateur public et privé
  • Louis Bellemare, économiste consultant
  • Jean Hémond, ingénieur en mécanique retraité et photographe
  • Carl Lavoie, archéologue
  • Liv Ouellet, retraitée de l’enseignement
  • Gilbert Tessier, ingénieur et cadre retraité d’Hydro-Québec et responsable du Groupe
  • Lucien Viel, ingénieur civil spécialisé en structure retraité de la firme de génie-conseil WSP 

Gilbert Tessier a donné une brève entrevue radio au journaliste Claude Brunet à l'émission L'heure du monde de Radio-Canada première, le jeudi 28 février , segment de 18 h 42.

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Date de dernière mise à jour : 20/08/2020