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La démocratie américaine : une histoire complexe et Partis politiques américains et élections 2016

Le bipartisme

Notes de présentation de Jean Laliberté, responsable du Groupe gouvernance et démocratie, lors de l'atelier sur les élections américaines tenu le 22 septembre 2016.

Le 7 novembre 2016, Jean Laliberté, responsable du Groupe gouvernance et démocratie, a donné une entrevue radio à CKIA-FM 88,3 à  l'émission « Vivre ensemble au 21e siècle ». Cette entrevue  a été précédée d'une présentation sur le phénomène du populisme par le chroniqueur-philosophe Claude Paris. Une table ronde conclut l'émission.

  • Le système politique américain est l'exemple parfait du bipartisme: il y a seulement deux partis: les Démocrates et les Républicains.
  • Très différent du Canada où il y a 19 partis politiques reconnus dont 5 sont représentés aux Communes (Libéraux, Conservateurs, NPD, Bloc Québécois et Parti Vert).
  • Il existe cependant aux États-Unis des regroupements idéologiques informels comme le Tea Party qui est un genre de club politique au sein du Parti Républicain.
  • La principale raison pour laquelle il n'y a pas de tiers partis est que ça prend énormément d'argent pour faire des élections; il est impossible pour un tiers parti de rivaliser sur ce plan avec les deux partis établis.
  • Depuis les années '80, le clivage politique entre les deux partis s'est accentué.
  • Auparavant, les partis se situaient tous les deux au centre: les Républicains étaient au centre droit et les Démocrates au centre gauche.
  • Maintenant, le fossé s'est accentué et les partisans Républicains sont de plus en plus nombreux à se dire conservateurs et les partisans Démocrates de plus en plus nombreux à se dire libéraux (on ne parle pas de gauche et de droite aux États-Unis).
  • Les partis ont de plus en plus de difficulté à travailler ensemble; c'est pratiquement la guerre ouverte entre les deux.

L'intérêt pour la politique et la participation électorale

  • La plupart des Américains sont peu informés sur la politique et leurs opinions sur les divers enjeux sont instables et peu cohérentes; en dehors des périodes électorales, ils ne s'intéressent pas à la politique. Usa drapeau 350
  • La participation électorale est faible: 55 à 57% aux élections présidentielles et environ 50% aux élections de mi-mandat.
  • Ce qui ne favorise pas la participation électorale est que les électeurs sont obligés de faire une démarche pour s'inscrire sur la liste électorale; le tiers des électeurs ne sont pas enregistrés.
  • Par contre, 85% de ceux qui sont enregistrés vont habituellement voter.
  • Les caractéristiques démographiques ont une grande importance dans les élections: les jeunes votent en moins grand nombre que les plus vieux; les Noirs et les Hispaniques sont moins nombreux que les Blancs s'enregistrer et à aller voter.

La composition sociologique des partis

  • Beaucoup d'électeurs, même ceux qui sont enregistrés pour un parti, ne votent pas systématiquement pour leur parti. Ainsi, on a parlé de « Reagan Democrats ». Eisenhower avait aussi attiré beaucoup de Démocrates.
  • Plusieurs électeurs votent pour les candidats d'un parti au Congrès et pour le candidat d'un autre parti aux présidentielles; l'attachement aux partis est faible, sauf évidemment pour les militants.
  • Les électeurs démocrates sont plus nombreux chez les femmes, les jeunes, les afro-américains, les hispanophones, les syndiqués, les gens scolarisés mais moins fortunés, et les gens dont la pratique religieuse est faible.
  • Puisque les hispaniques représentent 17% de la population et les noirs 12 % (soit près de 30 % pour les deux groupes) et que ceux-ci votent en masse pour les Démocrates, certains commentateurs disent qu'il devient de plus en plus difficile pour les Républicains de remporter la présidence.
  • Les Républicains ont une clientèle composée surtout d'hommes blancs plus âgés, moins instruits ou plus fortunés. Le Tea Party, par ailleurs, compte un grand nombre d'évangélistes chrétiens dans ses rangs.

La mécanique électorale

  • Contrairement à la pratique canadienne où les élections fédérales sont organisées par l'État canadien, aux États-Unis, toutes les élections sont organisées par les États. Il y a donc 50 séries de règles distinctes. Usa 350
  • Par exemple, dans certains États, les électeurs utilisent des appareils électroniques pour voter alors que dans d'autres, ils ont des bulletins de vote en papier.
  • Le 8 novembre, en plus de voter pour le président, des représentants et un certain nombre de sénateurs, les électeurs voteront aussi pour combler des postes au niveau de leur État: gouverneur, représentants et sénateurs du parlement de l'État, juges, procureurs, shérifs, etc., parce que beaucoup de fonctions sont électives aux États-Unis.
  • Comme il y a plusieurs candidats pour chacun des postes, les bulletins papier peuvent avoir jusqu'à trois pieds de long; voter aux États-Unis n'est pas une partie de plaisir.
  • Il faut noter que, pour ce qui est de l'élection présidentielle, les électeurs ne votent pas pour un candidat en particulier mais pour une liste de grands électeurs choisis par les partis politiques; ceux qui veulent élire Clinton votent pour la liste du parti Démocrate et ceux qui veulent élire Trump votent pour la liste du parti Républicain.

Le financement des partis politiques et des élections

  • Les élections législatives et présidentielle de 2012 ont entraîné des dépenses totales de 8,3 milliards de $ US et certains observateurs disent que les élections de cette année pourraient coûter 10 milliards. Le rôle de l'argent est ce qui caractérise le plus la démocratie américaine.
  • La limite de contribution d'un citoyen à un candidat est de 2 700 $. Cependant, depuis un jugement de la cour suprême en 2010, les citoyens, de même que les entreprises et les syndicats, peuvent contribuer sans limite à des Independent Expenditure Groups (Super PAC) ainsi qu'à des groupes sans but lucratif qui n'ont même pas à divulguer le nom de leurs contributeurs.
  • Une nouvelle façon de financer les partis politiques est apparue aux États-Unis: le sociofinancement. C'est la campagne présidentielle d'Obama en 2008 qui l'a inventée et la méthode a été raffinée depuis.
  • Le sociofinancement mise sur les réseaux sociaux, en particulier Facebook, de même que sur les communications par courriel et messages textes. Les partis maintiennent un contact régulier avec leurs partisans et supporteurs. Ils sollicitent constamment de petits montants.
  • L'importance du phénomène va bien au-delà des sommes recueillies. Les gens qui donnent de l’argent à un candidat tendent à s’impliquer davantage, car ils veulent avoir un bon retour sur leur investissement. Ils seront plus motivés à faire du bénévolat, par exemple, ou tout simplement plus enclins à aller voter le jour des élections. C’est une façon de créer un lien avec monsieur et madame Tout-le-Monde.
  • Mais s'il est possible de recueillir des millions avec de petit dons, il n'est pas possible de recueillir des milliards. Les dons des riches électeurs, des entreprises, des syndicats et des groupes de pression sont donc sollicités par les deux partis.
  • Les groupes de pression sont omniprésents à Washington. Il y a entre 20 et 25 000 associations qui font des représentations auprès de l'administration et des politiciens et qui contribuent aux caisses électorales.
  • Il faut établir une distinction entre les «groupes d'intérêt public» (ceux qui militent par exemple pour les droits des femmes, droits civiques, environnement, armes à feu, affaires extérieures (questions de guerre et de paix, réfugiés, etc.) et les «groupes d'intérêt privés» (Special Interest Groups) qui défendent les intérêts des entreprises, des syndicats et des groupes professionnels.
  • Les partis politiques et les candidats sollicitent des dons de ces groupes parce que les campagnes électorales coûtent très cher, particulièrement pour financer la publicité à la TV.

Dans des élections serrées au niveau des districts ou des États, l'intervention d'une organisation puissante comme la NRA (National Rifle Association) peut faire la différence.

Publicité électorale

  • Puisque la plupart des électeurs s'intéressent peu à la politique, la publicité électorale, surtout à la TV, joue un très grand rôle.
  • La publicité élaborée des deux partis est de plus en plus négative. Ceci pour deux raisons: d'abord, c'est une publicité qui se révèle très efficace; d'autre part, il est plus facile en trente secondes d'articuler un message négatif que de présenter une argumentation pour une idée ou un programme.
  • La publicité vise surtout les indécis, car il a été démontré que les indécis sont plus influencés par la publicité négative.
  • La publicité des partis est orchestrée par des consultants politiques grassement payés, comme Carl Rove pour les Républicains et David Axelrod pour les Démocrates. Les consultants politiques qui œuvrent au niveau fédéral ont d'abord fait leurs classes au niveau municipal et étatique et ont bâti une renommée sur la base des victoires remportées. Leur efficacité n'est pas surfaite: ce sont de véritables génies du message politique.
  • En plus de la publicité grand public, il y a aussi une publicité adressée à des publics ciblés. Les techniques de segmentation des clientèles développées en marketing sont largement utilisées et des logiciels sophistiqués sont mis en œuvre pour identifier les indécis les plus susceptible d'appuyer un parti. Ceux-ci sont rejoints par téléphone, par lettres ou par courriel pour faire passer les messages sous les angles les plus efficaces.

Les enjeux des élections

  • En ce qui concerne les élections à la Chambre des représentants et au Sénat, les enjeux sont le plus souvent locaux.
  • Les candidats aux postes de représentants ou sénateurs aux États-Unis mènent des campagnes presque entièrement locales.
  • Il faut souligner un paradoxe intéressant: alors que le Congrès est une des institutions les moins bien considérées aux États-Unis, un peu comme notre Sénat canadien, les représentants et les sénateurs pris individuellement ont souvent une cote très élevée auprès de leurs électeurs. C'est ce qui fait qu'ils sont le plus souvent réélus.
  • C'est comme si les gens disaient: les représentants et les sénateurs sont tous une gang de bons à rien qui passent leur temps à se chicaner, mais mon représentant et mon sénateur, je les connais personnellement et ce sont de bonnes personnes.
  • Il faut dire que les représentants, et dans une moindre mesure, les sénateurs sont toujours en campagne électorale. Ils passent leur temps à rencontrer les électeurs et les groupes d'électeurs dans des événements publics ou partisans. Ils prennent aussi les moyens pour être le plus souvent possible dans les journaux et pour passer à la TV.
  • Les électeurs se disent que ces élus s'occupent d'eux et ont leurs intérêts locaux à cœur :
    • les enjeux économiques locaux sont nombreux: bases militaires, contrats de la défense (emplois dans les industries militaires), investissements publics (routes, ports, aéroports, parcs nationaux, etc.)
    • il y a aussi des enjeux concernant l'application de la Loi sur la santé au niveau des États et concernant l'environnement (par exemple, la fracturation hydraulique).
    • des thèmes nationaux peuvent cependant s'imposer dans les États et les districts, par exemple le contrôle des armes à feu.
  • Les enjeux de l'élection présidentielle se précisent de plus en plus à mesure que la campagne électorale progresse.
  • Ce qui crée la confusion, c'est que le programme de Trump et le programme du Parti Républicain sont différents. Trump parle de bâtir un mur entre les États-Unis et le Mexique et de déchirer les ententes commerciales qui depuis toujours sont supportées par le Parti Républicain.
  • Du côté Démocrate, Clinton a accepté de soutenir quelques unes des positions mises de l'avant par Bernie Sanders, ce qui fait que le Parti Démocrate et Clinton parlent d'une même voix. Les thèmes démocrates sont les suivants :
    • Abolir la peine de mort.
    • Taxer les millionnaires.
    • Université gratuite.
    • Agir sur les changements climatiques.
    • Salaire minimum à 15 $.
    • Contrôle des armes à feu.

Explication de la popularité de Donald Trump

  • Vu du Canada, la popularité de Donald Trump surprend. Chez nous, il est perçu comme un démagogue et un clown.
  • Les partisans de Trump ont sans doute de multiples raisons pour appuyer ce candidat. Certaines raisons sont évoquées plus souvent que les autres :
  • La première concerne ceux qui haïssent les Clinton et qui ne font absolument pas confiance à Hillary Clinton. La perspective de voir Clinton à la Maison Blanche leur donne des boutons. Leur slogan est ABC : « Anybody but Clinton »
  • La deuxième catégorie comprend ceux qui sont sensibles au discours de Trump sur les musulmans et les immigrants, les musulmans dont ils craignent le radicalisme et les immigrants qu'ils accusent de voler leurs jobs ou de tirer les salaires vers le bas en travaillant à rabais, ce qui est le cas des immigrants illégaux.
  • La troisième catégorie est composée de personnes peu instruites et à faible revenus.

qui sont en colère contre le système économique et politique américain. Ces gens ont vu leur revenus stagner depuis vingt ans et ils croient que les politiciens traditionnels ne font rien pour eux.

  • Trump leur tient le langage suivant: « Croyez-vous que les élites travaillent pour vous? » La réponse attendue est « non ». Il affirme alors: « Moi, je suis contre les élites, donc je suis pour vous! ». Il se présente comme un gars indépendant de fortune qui ne doit rien à personne et qui ne se laissera pas influencer par les lobbies qui contrôlent la politique. Cet image d'un homme indépendant des groupes de pression séduit beaucoup de gens. Il utilise le fait qu'il n'a aucune expérience politique comme un atout. Loin de lui nuire, le fait qu'il ne soit pas un politicien professionnel lui donne de la crédibilité chez ses partisans.
  • Une quatrième catégorie voit en Trump un homme d'affaires qui comprend comment se créent les emplois et qui consacrera tous ses efforts à créer de bons emploi pour tous les Américains. Il sera celui qui « will malke America great again ».
  • Une cinquième catégorie est celle des suprématistes blancs et de ceux qui s'opposent à l'émancipation des Noirs. Bien que Trump ne soit pas raciste, pour autant qu'on puisse en juger, il plait aux racistes et ces derniers vont voter pour lui.
  • Une sixième catégorie comprend ceux qui voient en Trump un champion de la loi et l'ordre. Quand Donald Trump dit en parlant des terroristes: « We will be tough, very, very tough », ils l'applaudissent chaleureusement.
  • Il y a aussi une septième catégorie qui veulent que les juges de la cour suprême soient nommés par un président Républicain. Pour eux,  il serait catastrophique que les juges soient nommés par un Démocrate, parce que des juges libéraux seraient en mesure de transformer le pays dans un sens qui, selon eux, ne respecterait pas la constitution. Il s'agit là d'un enjeu majeur, tant pour les Républicains que les Démocrates.
  • Il importe de noter que les positions des partisans de Trump sont surtout fondées sur la haine et la peur ou sur des idéologies. Il n'y a rien de rationnel là-dedans. Ces gens iront voter avec leurs tripes. Aucun argument ne leur fera changer d'idée. Les émotions sont bien plus efficaces que les raisonnements pour faire voter les gens.
  • La déclaration de Mme Clinton à l'effet que la moitié des partisans de Trump sont racistes, sexistes, homophobes, xénophobes et islamophobes a sans doute un fond de vérité
  • Les partisans de Trump ne cherchent pas à s'informer pour savoir si leur candidat dit vrai ou faux. Au contraire, ils recherchent sur les réseaux sociaux et auprès de leurs amis les opinions qui les confortent dans leur certitude que Trump est le meilleur candidat.

Les points faibles de Trump

  • Trump est cependant loin d'avoir gagné l'appui d'une majorité d'électeurs. Il a plusieurs faiblesses.
  • La principale est qu'il divise son parti. Plusieurs Républicains ont annoncé qu'ils ne l'appuient pas. On peut croire qu'un certain nombre de Républicains voteront pour Clinton et plus nombreux encore seront ceux qui s'abstiendront de voter aux présidentielles.
  • C'est le cas des fondamentalistes chrétiens qui représentent une force politique considérable aux États-Unis et qui appuient traditionnellement les Républicains. Ces fondamentalistes chrétiens ne font pas confiance à Trump qui est un gars qui s'est marié trois fois, qui est en faveur de l'avortement et qui est favorable à la communauté homosexuelle.
  • Ce qui favorise Trump est que Mme Clinton est perçue négativement par plus des deux-tiers des Américains. Mme Clinton n'inspire pas confiance. On la voit comme une calculatrice rusée à qui on ne peut pas se fier. Trump est fort de la faiblesse de Clinton.
  • Mais pour gagner, cependant, Trump a besoin d'élargir sa base électorale et il doit pour cela faire appel aux indécis. Il a refusé les avis de plusieurs de ses conseillers d'adopter un ton présidentiel et il continue de croire que la recette qui a fait son succès aux primaires lui permettra de gagner les élections. Un grand nombre d'observateurs de la scène politique américaine disent qu'il se trompe.
  • Rien n'est impossible en politique. Il pourrait y avoir d'ici les élections des événements qui attisent la haine et la colère des Américains et qui amènent une majorité à voter pour Trump. Mais je pense que c'est peu probable.

1620

Notes de présentation de Daniel Guay, membre du Groupe gouvernance et démocratie, lors de l'atelier sur les élections américaines tenu le 22 septembre 2016.

Une centaine de pèlerins protestants fuient la répression religieuse en Angleterre à bord du voilier Mayflower. Dès leur implantation en Amérique, ils rédigent une pré-constitution décrivant les règles d’établissement et les principes de vie en commun, le Mayflower Compact, une source de la démocratie américaine : « Chacun doit contribuer au bien-être de la communauté ».

Ces nouveaux arrivants autonomes, simples et audacieux se perçoivent très rapidement en tant que « Nous, le peuple - We the People »

Ils sont au seuil d’un continent nouveau et immense « Une Terre d’opportunité - A land of opportunity » qu’ils entendent explorer et développer : « Go West, young man! »

1620-1775

Ils développent 13 colonies autonomes et de gouvernance locale aux plans politique, social, culturel et utilisant chacune sa propre monnaie d’où l’expression : « Montrez-moi la couleur de votre argent? »

Plusieurs Européens perçoivent l’attirance de cette première démocratie appliquée en Amérique du Nord aux caractéristiques novatrices : le suffrage universel pour tout propriétaire d'un lopin, le cadastre qui devient un mécanisme d’instauration et de gestion de la démocratie; des élus locaux dotés de larges pouvoirs de gestion (la politique américaine est encore vue comme une responsabilité d’abord locale); un foisonnement de groupes d'intérêt (propriétaires, marchands, artisans, etc.) d’où une activité intense de lobbying et de fréquents recours en justice.

Le républicanisme y domine : sans parti, mais des factions locales partageant une vision politique de droits égaux.

Entre 1759 et 1763 sur les Plaines d’Abraham à Québec, Londres conquiert le Canada, donc toute l’Amérique du Nord. La France signe l’Acte de Paris et abandonne la Nouvelle-France et l’Amérique du Nord pour trois iles à sucre (Martinique, Guadeloupe et St-Domingue).     

Entretemps, dans les colonies américaines, le peuplement rapide et volumineux constitue bientôt un creuset interculturel d’immigrants de plusieurs pays d’Europe, un « Melting Pot » attiré par le « Rêve américain ».

1775-1783

La rapacité fiscale de Londres envers ses 13 colonies américaines provoque un mouvement revendiquant leur représentation au Parlement de Londres « Pas de taxation sans représentation - No taxation without representation ». 

Londres refuse.

Les Américains jettent plusieurs cargaisons de thé - symbole de cette fiscalité confiscatoire - dans les eaux du port de Boston. Ce « Boston Tea Party » sonne le tocsin de la Révolution américaine vers son indépendance.

Les 13 colonies abritent alors 2,4 millions d’habitants.

L’Empire britannique de George III (sur lequel le soleil ne se couche jamais) en compte 54 millions et possède la marine la plus puissante du monde.

Avec l’aide de la marine française délestée depuis 1763 de ses terres nord-américaines, les colonies remportent l’affrontement et leur indépendance.

L’Angleterre perd 2,5 millions de sujets américains, dont 46 000 Loyalistes fidèles à la Couronne britannique qui migrent vers les provinces d’un Canada de 166 000 habitants. La Province de Québec, avec ses 113 000 habitants, accueille 8 000 Loyalistes.

Paradoxalement, la Guerre d’indépendance américaine devient un élément fondateur du futur Haut et Bas-Canada.

Les Patriotes canadiens utiliseront sensiblement le même argument « Pas de taxation sans représentation » auprès Londres, en 1837, mais avec des résultats différents.

En 1775, les futurs États-Unis tentent d’annexer le Canada. Leurs généraux Montgomery et Arnold prennent Montréal, mais échouent à Québec, l’Église, les élites canadiennes ralliées aux Britanniques et Londres s'opposent à toute diminution de leurs pouvoirs.

L’un des futurs rédacteurs de la Constitution américaine, Benjamin Franklin, déçu de cette déconvenue, conclue « qu’il aurait été plus facile d'acheter le Canada que tenter de le conquérir ».

1787-1789

Suite à leur victoire, les 13 Colonies conviennent de former un seul pays : « E Pluribus Unum », devise qu’on lit sur les sous noirs de la monnaie américaine.

 Pour rédiger une Constitution, la Loi suprême de la nation, les Colonies confient la tâche à 7 Pères fondateurs représentant « We the people ».

Ils conçoivent la Constitution d’une République fédérale constitutionnelle comptant 7 Articles auxquels s’ajouteront 27 Amendements. C’est la plus vieille et la plus courte constitution à ce jour, soit 5 pages manuscrites.

Les 37 États suivants seront modelés sur les 13 premières Colonies : du Delaware en 1787, à l’Alaska et Hawaii en 1959-60.

Les Pères fondateurs ne veulent pas de partis politiques qu’ils perçoivent déjà comme facteurs d’affrontements et de stagnation, mais deux visions de la démocratie finiront par prendre racine au fil des 45 présidences.

1) La républicaine (Hamilton) : préconise un gouvernement central fort dirigé par une élite instruite et riche. Elle produit 18 Présidents.

2) La démocrate (Jefferson) : encourage les droits des citoyens et des États capables de se gouverner. Elle produit 15 Présidents.

  • À ce jour, aucun autre parti n’est arrivé à s’imposer.
  • La Constitution vise la liberté et la prospérité individuelle, mais impose un solide système de contrôle et de contrepoids aux institutions de gouvernance, le « Checks & balances », qui équilibre leurs pouvoirs et impose à la Présidence, la Cour suprême, au Congrès (Sénat et Chambre des Représentants) de s’entendre pour bien fonctionner.
  •  Suite à une guerre d’indépendance, les Pères fondateurs rejettent toute idée d’un dirigeant national (humain ou institutionnel) unique et omnipotent ainsi que toute possibilité de sécession d’un État qui viendrait affaiblir l’Union.
  • La Déclaration d’indépendance considère tous les hommes égaux et la Constitution vise, entre autres, une Union plus parfaite des États, selon une idéologie mixte de républicanisme et de libéralisme classique : égalité de tous devant la loi, la justice, la tranquillité, la défense et le bien-être communs pour les citoyens qui, en retour, doivent respecter des devoirs envers l’État : taxes, service militaire, opposition à la corruption, etc.
  • La démocratie s’exerce via des élections et on favorise une économie de libre marché et de laisser-faire, la prospérité individuelle provient de l’économie privée et de la philanthropie.
  • La Constitution ne prévoit pas de partis politiques et mécanisme électoral est confié aux États. Le suffrage sera graduel : noirs en 1890, femmes en 1920, et 18+ ans, en 1960. De 1760 à 1840 les États-Unis traversent deux ères industrielles majeures, et entre 1830 et 1930, 925 000 Canadiens français vont y migrer.

1861-1865

La Constitution comporte deux principes majeurs, à savoir que tous les hommes sont créés égaux et que les États ne peuvent se séparer de l’Union. Le Président Lincoln préconise alors l’abolition de l’esclavage.

La Guerre civile éclate entre les 34 États-Unis d’alors, soit 23 de l'Union du Nord et 11 États confédérés du Sud. L’Union du Nord remporte la guerre qui cause 700 000 morts, soit davantage d’Américains morts que durant les deux guerres mondiales réunies.

XXième siècle

D’un pays indépendant, isolé, voire isolationniste, industrieux et religieux, les USA deviennent graduellement la 1re puissance financière, technologique, militaire, industrielle planétaire… et son shérif.

À l’externe : l’internationalisation politique ainsi que la mondialisation économique et politique amènent une complexification croissante des rôles du Président et du pays, dont voici un aperçu du fil des évènements majeurs :

1760 - 1840 - 1870 : Première & deuxième révolutions industrielles.

1870 - 1900 : Âge d’or pour les «Barons de l’industrie ou Barons voleurs.»

1917 - 1918 : 1ère guerre mondiale : «Dernière guerre outre-mer», pensait Woodro Wilson.

1929 - 1930 : Grande dépression : Roosevelt intervient avec son «New Deal.»

1939 - 1945 : Deuxième guerre mondiale : «Création du complexe militaro-industriel.»

1947 - 1989 : Guerres Froide + Vietnam + 9 présidences = «Chute du Mur de Berlin.»

1991…   : Fin du bilatéralisme (Blocs de l’Est / de l’Ouest). Libre marché multilatéral. Apparition de l’Internet. Ère du savoir numérique. Dérèglementation financière. Mondialisation : montée des pays émergents concurrents et/ou partenaires de pays développés.

2001 … : 9/11 - World Trade Center : Bush déclenche le Bourbier moyen-oriental.

2008 … : Crash boursier : Obama intervient… Terrorisme islamique : Obama intervient…

À l’interne : La complexification politique, économique et numérique devient mondiale et la réalité politique interne en est affectée.

Les élections présidentielles de 2016 sont un reflet de cette confusion politique engendrée par la complexification et au rapprochement des nations, les émergentes «envahissant les emplois» des marchés développés.

Plusieurs questions restent ouvertes

Les visions et divisions entre Hamilton et Jefferson sur la gouvernance du pays sont-elles les mêmes avec Trump / Clinton?

La partisannerie que les Pères fondateurs craignaient devient-elle une prophétie en réalisation : confrontation / obstruction?

Les 240 ans de la Constitution ont-ils entrainé 240 ans d’hommerie politique, électorale et sociale où l’argent remplace graduellement le pouvoir légitime?

Le système de « Checks & Balances » (l'équilibre des pouvoirs) est-il graduellement remplacé par l’excentrisme et le fractionnement entre des Démocrates « néo-socialistes » et des Républicains néolibéralistes purs et durs?

Est-ce que « Greed is good », comme le prédisait Draco (M. Douglas) dans Wall Street?

  • La prolifération médiatique et les réseaux sociaux sont-ils des facteurs de meilleure compréhension des enjeux ou de confusion des genres en politique-spectacle de divisions et de diversions?
  • Les idéologies politiques et religieuses améliorent-elles les choses?
  • Les élections deviennent-elles des périodes d’exutoire émotif plutôt que des occasions d’exercer son meilleur jugement pour optimiser la gouvernance d’une nation?

D’une part, on peut raisonnablement croire qu’on observe les conséquences prévisibles d’une corruption de la démocratie : démobilisation citoyenne face aux oligarchies, groupes de pression et lobbies magnifiés par les médias; dévalorisation de cette classe politique davantage occupée à quêter du financement auprès de la classe nantie qu’à servir la classe moyenne; brouillage de l’analyse rationnelle de l’électeur quant aux enjeux réels; et montée de factions et idéologies aux agendas cachés.

D’autre part, on peut penser qu’en matière politique, il n’y a rien de bien nouveau sous le soleil, et que ce qu’on observe aujourd’hui a déjà été vécu à un moment donné de l’histoire des USA, et que la politique ne représente qu’une fraction des moteurs de changements qui influencent les destinées d’un pays.

Par ailleurs, parmi les phénomènes qu’on observe aux États-Unis, il y en a un qui émerge avec une clarté relative, soit le rejet croissant de cette classe politique traditionnelle, incapable et corrompue. Il est peut-être temps de revisiter les idéaux qui ont inspiré la Constitution américaine et rejeter ce type de politiciens qui en ont détourné l’esprit à leur profit.

Alors, entre ces deux candidats contre lesquels les Américains vont voter, qui devrait l’emporter le 8 novembre 2016? Comme le précisait Yogi Berra, ex-receveur des Yankees de New York « J’ai beaucoup de difficulté à faire des prédictions, surtout lorsqu’il s’agit du futur…»

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Date de dernière mise à jour : 14/12/2016