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La Chine vue par Richard Beaudoin

La Chine : vers une domination mondiale totale! Vision d’un observateur fasciné et inquiet

Tout le monde d’un certain âge se souvient de l’argent qu’on ramassait pour les petits Chinois sous le règne de Mao, mais peu d’entre nous avons lu le livre d’Alain Peyrefitte écrit en 1973, « Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera ». Le nom de Deng Xiaoping qui, en 1978, est à l’origine du développement économique de la Chine actuelle, est également très peu connu de la plupart d’entre nous.

À cette époque, tous les pays occidentaux étaient heureux de voir la Chine s’éloigner du système communiste pour se diriger vers un système capitaliste. Mais en 1989, les manifestations de la place Tian’anmen allaient les faire vite déchanter, même si le Colonel Sanders était établi en Chine depuis un certain temps. C’est en effet à la suite de ces manifestations que les leaders des pays occidentaux réalisèrent que le nouveau modèle de développement de la Chine reposait sur une intégration du communisme à l’économie de marché et continuait à rejeter le capitalisme basé sur la démocratie.

La plupart, sinon la quasi-totalité des pays occidentaux croyaient également que la Chine se contenterait de ne fabriquer que des produits traditionnels de faible valeur, tels que chaussures, textiles, meubles, postes de radio, etc.  Aussi, quelle ne fut pas leur surprise lorsqu’ils réalisèrent que la Chine visait également le marché des produits à très haute valeur ajoutée! En effet, personne ne s’imaginait que la Chine serait un jour présente dans tous les secteurs d’activités, y incluant ceux du secteur tertiaire hautement technologique, comme la fabrication de véhicules électriques, la robotique, l’aéronautique, l’intelligence artificielle, etc., et qu’elle deviendrait la puissance que l’on connaît en 2019. En fait, tous les pays occidentaux pensaient que la Chine se cantonnerait dans son rôle d’usine du monde spécialisée uniquement dans la fabrication de produits à faible valeur ajoutée.

Il est clair que Taïwan, Hong Kong et les millions de Chinois vivant à l’extérieur de la Chine à cette époque, soit 75 à 80 millions, ont grandement aidé à l’ascension ultra rapide de la Chine. Les vols et les copies de brevets détenus par les Américains et les Européens ainsi que l’achat partiel ou total de compagnies européennes et américaines œuvrant dans tous les domaines de l’économie ont également contribué à faciliter l’essor fulgurant de la Chine.

L’envoi de milliers d’étudiants chinois dans les prestigieuses universités américaines et européennes en provenance des pays occidentaux, de Taïwan, de Hong Kong et de la Chine continentale ont permis à ces derniers de côtoyer de près d’autres étudiants, enseignants et élites originaires de différents pays occidentaux, ce qui a facilité l’accession de la Chine au second rang mondial du commerce. Après leurs études, ces mêmes étudiants travaillèrent dans les meilleures entreprises, par exemple Apple, Google, Microsoft, Yahoo, Facebook, etc., et ont ainsi acquis beaucoup d’expertise qu’ils partagèrent par la suite avec leurs congénères chinois.

Kai-Fu Lee, qui vit actuellement à Beijing, est un parfait exemple de ce transfert de connaissances et d’expertise. En effet, après avoir complété la presque totalité de ses études aux États-Unis et après avoir travaillé pour quelques-unes des plus grosses compagnies, en l’occurrence Google, qu’il a d’ailleurs introduit en Chine, il a créé en 2009 sa propre compagnie de capital de risque, Sinovation Ventures. Aujourd’hui, cette firme d’investissement gère un portefeuille de 2 milliards $ répartis entre 300 entreprises, majoritairement chinoises.

Le transfert de connaissances et d’expertise de l’Ouest à l’Est, le protectionnisme gouvernemental chinois et la compétition féroce de la part des compagnies chinoises expliquent en partie pourquoi les géants de la Silicon Valley tels qu’eBay, Google, Uber, Airbnb, LinkedIn et Amazon ont échoué en essayant de conquérir le marché chinois. Peut-être également se sont-ils retirés intentionnellement de ce grand marché afin de ne plus être copiés!

Une chose est certaine, si toutes ces grandes compagnies n’ont pu accéder au marché chinois, toute nouvelle entreprise étrangère qui veut conquérir une part de ce marché géant doit s’attendre à être instantanément copiée par des compagnies nationales. Ces dernières l’évinceront progressivement en vue d’acquérir et maintenir une position dominante dans l’énorme marché chinois. Nous n’avons qu’à penser au déficit commercial important que le Québec connaît avec la Chine.

Outre son ascension au second rang de l’économie mondiale, tout en limitant simultanément l’implication des entreprises étrangères dans son marché intérieur, la Chine a réussi à s’implanter non seulement dans les pays développés, mais également dans presque tous les pays sous-développés. En effet, la mainmise sur les ressources naturelles étrangères constitue le dénominateur commun de tous les investissements effectués par la Chine depuis les années 2000 et surtout depuis 2010. Drapeau chinois 276

C’est ainsi que, parallèlement à sa croissance, son appétit pour les ressources naturelles a été insatiable. La Chine a donc investi, par l’entremise d’au-delà de 150 sociétés d’État chinoises, des sommes faramineuses dans le contrôle des ressources naturelles, non seulement des pays africains mais également de certains pays de l’Amérique latine ainsi que d’ex-républiques socialistes soviétiques, ce qui lui a, entre autres, permis de supplanter l’Europe comme principal pays exportateur vers le continent africain.

Aujourd’hui, exception faite des dépenses militaires, la Chine est sans l’ombre d’un doute le principal intervenant économique sur la planète, en raison principalement du nombre de Chinois vivant hors Chine (au-delà de 100 millions) ainsi qu’en raison de ses innombrables investissements à travers le monde. Si l’on considère sa vision globale de développement à long terme versus celle des États-Unis axée sur le court et moyen terme, l’écart entre ces deux superpuissances ne peut que s’élargir en faveur de la Chine. En effet, d’ici 2025 et 2050, la Chine veut faire croître sa classe moyenne actuelle de 200 millions à 500 millions puis à 1 milliard de personnes.  De plus, d’ici 2030, elle aspire à devenir le leader mondial du développement de l’intelligence artificielle.

Grâce à leurs innombrables acquisitions d’entreprises occidentales, de leurs multiples copies de brevet et de leurs faramineux investissements en ressources naturelles à travers la planète, les entreprises chinoises sont actuellement en position de répondre à la majorité des besoins du marché intérieur chinois, lequel ne cesse de croître de pair avec l’augmentation de la classe moyenne. La planification stratégique chinoise des 20 dernières années a effectivement été établie de façon à ce que les entreprises nationales et locales aient l’assurance de ne manquer d’aucune ressource naturelle : pétrole et gaz naturel, métaux de base, métaux rares, nourriture, eau, etc. à court, moyen et long terme.

C’est ainsi qu’au fil des ans, la Chine a conclu des ententes à long terme (durée de 35 à 50 ans) avec les gouvernants de 50 à 75 pays. Aucun autre pays développé, même les États-Unis, n’a eu une telle vision. Ce dernier n'a signé qu’une fraction des ententes que la Chine a elle-même conclu au cours des 20 dernières années. De plus, à l’échéance de ces ententes internationales, la Chine aura le loisir de s’approprier de multiples ressources naturelles de la Mongolie (population de 3 millions) et de l’immense Sibérie (population de 39 millions) dont les superficies sont respectivement de 1,56 et 13,1 millions de kilomètres carrés.

En résumé, la Chine ne manquera jamais de ressources pour satisfaire les besoins de ses entreprises et de sa population. Qui dit mieux?

En misant sur ses avantages concurrentiels, la Chine est également parvenue à occuper une position privilégiée en matière de développement de l’intelligence artificielle.  Au cours des prochaines années, elle imposera sa technologie 5G à tous les pays en voie de développement et tentera de faire de même avec les pays développés, ce qui ne pourra que consolider sa position de leader culturel, économique et militaire du monde. Devrons-nous donner raison à Alain Peyrefitte? L’avenir nous le dira!

Implication de la Chine dans le développement du réseau canadien sans fil 5G : erreur de jugement ou non?

Récemment, le gouvernement canadien a indiqué qu’il reportait sa décision concernant l’implication de la firme chinoise Huawei Technologies dans la construction des réseaux sans fil 5G au Canada. N’oublions pas que dans ce contexte, l’appellation « Huawei » est implicitement associée aux dirigeants chinois!

Développement de l’intelligence artificielle

En premier lieu, rappelons que le Canada se classe dans le top 5 des pays actifs dans la recherche sur l’intelligence artificielle.

C’est ainsi qu’une expertise de pointe s’est développée à Montréal au fil des dernières années et que plusieurs leaders mondiaux en intelligence artificielle s’y sont implantés ou le feront prochainement. Le gouvernement du Québec a d’ailleurs prévu investir une somme de 329 millions de dollars sur 5 ans en intelligence artificielle dans son budget 2019-2020.

Grâce à la technologie 5G, le taux de transmission et le volume des données, la vitesse des téléchargements (largeur des bandes passantes), la connectivité entre les appareils et leur temps de réponse (latence) croîtront de façon exponentielle. À ce propos, soulignons que l’émergence des villes intelligentes et l’intelligence des objets (IOT) permettront d’interconnecter une quantité phénoménale de capteurs qui rendront accessibles une foule de données partout et en flux continu sur le monde réel et les personnes. C’est d’ailleurs grâce au 5G que l’automobile autonome est à notre portée à court ou à moyen terme.

Les spécialistes mondiaux s’entendent sur le fait que, pour connaître du succès, les prochains algorithmes en intelligence artificielle reposeront sur trois éléments, à savoir des mégadonnées (Big Data), des ordinateurs puissants ainsi que des développeurs (ingénieurs) formés dans ce domaine. Il convient de préciser que les données représentent de loin l’élément le plus important de ces trois ingrédients.

Visées hégémoniques de la Chine

Au cours des dernières décennies, la Chine s’est solidement implantée dans les pays développés grâce au transfert de connaissances et d’expertise en provenance des pays de l’Ouest vers l’Est (achat, vol, copie de brevets étrangers et acquisition partielle ou totale de compagnies européennes, américaines, etc.).  Elle a également pris énormément d’expansion dans les pays sous-développés grâce, entre autres, à la collaboration (volontaire ou forcée) de milliers de Chinois expatriés et grâce à des sommes faramineuses investies dans l’exploitation de leurs ressources naturelles.

En plus de s’imposer dans le développement des ressources naturelles de nombreux pays sous-développés, tel ceux du continent africain, la Chine y est devenue le principal fournisseur de biens et services.  Parallèlement au développement de ses exportations, la Chine a subtilement tenté de promouvoir à l’étranger son modèle politique communiste, rivalisant ainsi avec l’idéologie capitaliste basée sur la démocratie. Soulignons à ce propos que 54 instituts Confucius répartis dans 35 pays africains diffusent la langue et la culture chinoise sur ce continent. De plus, la Chine accueille au-delà de 50 000 étudiants africains chaque année dans le but de former l’élite africaine de demain selon ses propres principes.

En misant sur ses avantages concurrentiels, la Chine est parvenue à occuper une position privilégiée en matière de développement de l’intelligence artificielle et aspire à devenir le leader mondial d’ici 2030. Grâce à une présence bien établie, notamment dans de nombreux pays sous-développés, la Chine a pu permettre à Huawei Technologies de positionner ses produits et solutions dans 170 pays. Il va donc de soi que l’implantation étrangère du réseau sans fil 5G utilisant la technologie développée par Huawei Technologies assurera au gouvernement chinois une mainmise sur les données circulant dans chacun de ces pays.

Par ailleurs, en ce qui concerne les pays développés, la tâche semble s’avérer plus ardue en raison, principalement, du regroupement en coalition de certains d’entre eux pour contrer la mainmise croissante de la Chine sur le développement des technologies associées au 5G. Toutefois, certains de ces pays ayant bénéficié du soutien financier de la Chine dans le cadre du développement de sa nouvelle route de la soie ou en soutien à la crise financière de 2008, se sentent dans l’obligation d’adopter une attitude plutôt positive face aux initiatives de Huawei Technologies : tel est le cas du Portugal et de la Grèce.

Souveraineté des pays développés compromise

Si Huawei Technologies réussit à s’intégrer dans le réseau national de chaque pays développé, elle aura donc accès à toutes leurs données circulant sur le 5G. Que fera alors la Chine avec ces données, clef de voûte de l’intelligence artificielle? Elle ne promouvra certainement pas le système capitaliste et la démocratie! Nous n’avons qu’à penser à ce qui se passe actuellement à Hong Kong où la Chine tente d’intégrer le plus rapidement possible cette ville à la Chine continentale.

Dans les faits, grâce à ces données, ses pouvoirs économique, culturel et militaire croîtront dans un environnement où son modèle d’économie de marché intégrant l’idéologie communiste se propagera. Si cela se concrétise, l'on n’ose pas imaginer le scénario du pire qu’une mauvaise utilisation de l’intelligence artificielle par la Chine pourrait provoquer!

Conclusion

Estimant que l'intelligence artificielle constitue ni plus ni moins l'avenir de l'humanité, Vladimir Poutine a déjà affirmé que le pays qui deviendra leader en matière d'intelligence artificielle sera « maître du monde ». Eh bien, si les données sont au cœur de l’intelligence artificielle, ce sera vraisemblablement la Chine qui dominera le monde et remplacera ainsi la civilisation occidentale qui a prévalu pendant un demi-millénaire.  

Est-ce-que le Canada devrait autoriser Huawei Technologies à participer au développement de son réseau national 5G?  Si les données sont le nerf de la guerre de l’intelligence artificielle et que l’intelligence artificielle remplit son mandat, aussi bien se lancer sans parachute d’un avion, advenant une telle éventualité!  

« China Take All! Utopie ou non! »

Quand Dambisa Moyo, détentrice d’une maîtrise à l’Université de Harvard ainsi que d’un Ph. D. en économie à l’Université d’Oxford, a écrit en 2012 « Winner Take All », en parlant de la Chine, étions-nous en mesure, à ce moment-là, de lui donner raison?

Auparavant, Mme Moyo avait été nommée la meilleure auteure par le New York Times pour « Dead Aid and How the West Was Lost ».  À cette époque, répondre oui à la question susmentionnée aurait été un peu risqué, bien que tous s’entendaient déjà sur le fait que l’ascension de la Chine n’allait pas s’arrêter de sitôt. Toutefois, aujourd’hui, sans l’ombre d’un doute, nous pouvons dire qu’elle avait vu juste. Les principaux points que nous développons ci-dessous vous permettront de comprendre que la Chine dominera dans tous les domaines, d’ici la fin du 21e siècle et probablement d’ici 2050 « Winner Take All ».

D’entrée de jeu, rappelons qu’en 2047, cela fera 50 ans que l’empire britannique aura rétrocédé ses colonies à la Chine et qu’en 2049, le Parti communiste chinois (PCC) sera au pouvoir depuis100 ans.

Stabilité garantie du PCC à très, très long terme, sans aucune rivalité

À la suite de la révolution de 1911, qui mit fin au règne des dynasties, le PCC fut créé en 1920, et ce n’est qu’en 1949 qu’il assura sa domination totale sur la Chine, laquelle se poursuit aujourd’hui. Abstraction faite de la courte période de 1911 à 1949, l’histoire de la Chine nous indique que le règne de plusieurs dynasties, dont celle des Tang, des Ming et des Qing, a duré des siècles. Nous croyons que le PCC se maintiendra au pouvoir durant une période aussi longue, pour les raisons suivantes :

  • Le PCC compte presque 100 millions de membres répartis à la grandeur de la Chine, du tout petit village jusqu’aux grandes villes. Aucun parti d’opposition ne peut y voir le jour et se répandre à toute la Chine, comme c’est le cas pour le PCC. De plus, étant donné que le gouvernement chinois actuel envisage de « ficher » tous les individus et d’instaurer la reconnaissance faciale dans tout le pays, le moindre groupuscule qui voudrait s’opposer au PCC serait immédiatement dissous, avant même d’avoir pu s’organiser.
  • Xi Jinping, président de la République populaire de Chine a été reconduit pour un second mandat, et tout indique qu’il poursuivra son règne au-delà de ce mandat, devenant ainsi le premier politicien chinois à imiter Mao. Il dirige avec l’appui du Comité permanent, composé uniquement de sept membres, à la fois le PCC et la RPC.

Avant d’accéder à ce poste, Xi Jinping a milité plusieurs décennies au sein du PCC et a  gravi tous les échelons, ce qui lui a permis de se familiariser avec les moindres détails de la politique du parti et de connaître la voie à suivre pour atteindre le sommet de celui-ci. Il s’est de plus entouré d’un nombre significatif de proches qui occupent des postes très importants au sein du gouvernement chinois.

  • La chasse gardée de l’élite dirigeante du pays, à savoir les cadres du PCC, est alimentée par une université (école centrale du PCC) qui forme les futurs cadres afin de mieux perpétuer l’hégémonie du parti-état unique.
  • Dans la majeure partie des conseils d’administration des grandes entreprises privées chinoises, un membre du PCC est présent.  Il s’assure que les valeurs qui sous-tendent le capitalisme n’entrent pas en contradiction avec les valeurs socialistes prônées par le PCC. À ce propos, soulignons qu’en mai 2018, Pékin a mis en place une fédération regroupant 300 acteurs du Web visant à enlever de la toile tout contenu déviant des valeurs centrales du socialisme (« Cette nuit en Asie, les géants du Web chinois main dans la main pour défendre les valeurs du Parti », Frédéric Schaeffer, 11 mai 2018). Robin Li (patron de Baidu), Jack Ma (patron d’Alibaba) et Pony Ma (patron de Tencent) ont été nommés vice-présidents de cette fédération. Qui dit mieux, pour assurer une fidélité au PCC.

Approvisionnement en ressources naturelles garanties à très, très long terme

Au cours des 30 dernières années et surtout des 10 à 15 dernières, la Chine a investi dans quelque 60 à 75 pays afin de s’assurer de ne manquer d’aucune ressource naturelle à court, moyen et long terme pour satisfaire sa croissance (« La Chine : vers une domination mondiale totale! Vision d’un observateur fasciné et inquiet »)Drapeau chinois 450

Pour ce faire, en plus de tirer profit de l’aide de la Banque de Chine et des autres banques d’État, la Chine bénéficie du support d’au-delà de 125 à150 sociétés d’État, qui investissent à leur propre compte, deviennent actionnaires ou prêteurs auprès d’entreprises privées chinoises, lesquelles ne cessent de faire main basse sur de nouvelles ressources à l’étranger.

À titre d’exemple, mentionnons la participation financière des sociétés d’État chinoises dans des activités minières du Nord canadien et dans l’Arctique, tel le projet de mine de fer Roche Bay, au Nunavut, ainsi qu’un autre projet encore plus imposant, celui de la société MMG. Aujourd’hui, six sociétés chinoises ont déjà planté leur drapeau au-delà du 55e parallèle et ont investi dans au moins huit des vingt-cinq sites miniers de la région (« La Chine à la conquête de l’Arctique », Marc Godbout, Radio-Canada Info, 24 mai 2019).

Dans les faits, pour s’assurer d’acquérir à long terme une ressource privilégiée, le PCC ne recule devant rien. C’est d’ailleurs ce qui explique que la Chine détient au-delà de 95 % des terres rares dans le monde.

En bref, aucune entreprise privée américaine ou européenne ne peut concurrencer les sociétés d’État chinoises, eu égard à l’acquisition de ressources naturelles stratégiques.

Croissance soutenue assurée à moyen et long terme

Malgré le bras de fer en cours entre la Chine et les États-Unis concernant leur balance commerciale respective, la Chine poursuivra sa croissance économique et deviendra le leader mondial du commerce international.

En effet, sa présence étant désormais assurée dans plusieurs pays sous-développés grâce à ses nombreux investissements en vue de l’obtention de ressources naturelles, la Chine pourra continuer à accroître ses exportations de biens et de services dans lesdits pays, comme ce fut le cas en Afrique au cours des dernières décennies.

Les routes de la soie, par terre et par mer, que la Chine développe depuis 2013 (budget de 1 000 milliards d’euros), visant à réunir une centaine de pays d’Asie, du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Europe favoriseront substantiellement les exportations de biens et de services chinois. Signalons que la majorité des anciens pays de l’Europe de l’Est ont donné leur accord à ces nouvelles routes de la soie ainsi que des pays comme le Portugal, la Grèce et l’Italie.

Mais, ce qui assurera surtout la poursuite de la croissance économique chinoise, ce sera la consommation interne de biens et de services. À cet égard, la Chine vise à faire passer sa classe moyenne actuelle de 200 à 250 millions de personnes à 500 millions  puis à 1 milliard d’individus, d’ici 2025 et 2050. Il va de soi que dans ce contexte, la part du PIB associée aux services empiétera largement sur celle des biens, et la Chine atteindra une répartition presque identique à celle des pays occidentaux.

La Chine deviendra le leader de l’intelligence artificielle (IA) d’ici 2030, ce qui lui assurera une domination totale de la planète

La Chine est parvenue à occuper une position privilégiée dans le développement de l’IA, juste derrière les États-Unis, et aspire en devenir le leader mondial d’ici 2030 (« Implication de la Chine dans le développement du réseau canadien sans fil 5G : erreur de jugement ou non? »). C’est d’ailleurs pour cette raison que Xi Jinping a défini comme priorité absolue le développement de l’IA dans toutes les régions de la Chine et dans presque tous les domaines.

En effet, d’ici 2030, le gouvernement chinois a prévu d’investir un montant de 200 milliards $ en IA, soit 15 fois plus que le gouvernement américain. À ce propos, le gouvernement chinois a déjà construit un parc technologique à Beijing, regroupant quelque 400 entreprises œuvrant dans le domaine de l’IA.

Par ailleurs, n’oublions pas que les compagnies américaines privées identifiées sous l’acronyme GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) investissent massivement dans ce domaine contrairement à leur contrepartie chinoise regroupée sous l’acronyme BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi).

Ce qui aidera la Chine à atteindre ce 1er rang, ce sont non seulement ses travaux en R et D, mais surtout la mise en application immédiate de ces mêmes travaux, contrairement aux pays occidentaux dont la vitesse d’implantation est beaucoup plus lente (lire « AI Super Powers China, Silicon Valley, and the New World Order » de Kai-Fu Lee).

À titre d’exemple, mentionnons que 13 écoles chinoises ont été sélectionnées pour participer à un projet pilote en intelligence artificielle et que la reconnaissance faciale est déjà implantée à plusieurs endroits (article sur BFMTV, 23 septembre 2019), dont les entrées du métro.

Advenant la propagation d’une telle éducation à travers la Chine entière, je n’ose anticiper l’impact de l’avancement technologique, économique, social, militaire, etc. de ce pays étant donné que chacun de ses citoyens travaillera dans le domaine qu’il aime et où il pourra performer.

Quant à la reconnaissance faciale en voie d’implantation dans toute la Chine, le PCC sera en mesure d’exercer un contrôle total sur les citoyens ainsi que sur les biens. De plus, il emmagasine présentement des données à l’exponentiel (le cœur de l’IA), ce qui ne fera pas mentir la loi de Moore!

Quantité et qualité de la main-d’œuvre, avantage évident de la Chine par rapport aux pays occidentaux

Comme le dit Dambisa Moyo dans son livre « How The West Was Lost », il y a deux aspects de la main-d’œuvre qui permettent à un pays d’exceller dans une économie de marché : la quantité et la qualité. Comparativement à la Chine qui n’a pas à démontrer sa supériorité en nombre, les pays occidentaux font face à deux défis énormes, soit le vieillissement de la population et le non-remplacement des gens retraités par des jeunes.

Quant à la qualité de la main-d’œuvre, tout particulièrement celle relative à l’IA pour laquelle les compétences des ingénieurs, mathématiciens et physiciens s’avèrent essentielles, un article du 13 juillet 2012 dans « Orientation Éducation » prévoyait qu’en 2020, le tiers des diplômés en génie serait chinois.  Les chiffres parlent d’eux-mêmes!

À cet égard, il est évident que le recours à l’IA dans l’éducation à travers la Chine maximise les chances de ce pays de mettre les personnes à la bonne place, évitant ainsi les essais-erreurs.

Compagnies chinoises super compétitives

Selon Kai-Fu Lee, auteur de « AI Super-powers China, Silicon Valley, and the New World Order », les compagnies chinoises sont super compétitives, en ce sens que si elles parviennent à s’accaparer une part importante d’un marché, c’est parce qu’elles ont gagné une guerre sans merci et gare aux entreprises qui s’y attaquent, surtout si elles sont occidentales.

À cet égard, soulignons que la ville de Shenzhen, petit village de pêcheurs en 1978, est devenue aujourd’hui une métropole de 12 millions d’habitants. Pour ce faire, elle a été désignée par le gouvernement chinois comme ville principale d’une zone économique spéciale, dont le but était d’initier la Chine à l’économie de marché. Shenzhen a également obtenu l’aide financière de Hong Kong et de Taïwan, toutes deux à proximité. Ajoutons que selon un article paru dans le Courrier Expat publié en février 2018 « Chine, Shenzhen, la nouvelle destination des entrepreneurs », le quartier d’affaires de Shenzhen est devenu une plaque tournante pour les grandes entreprises chinoises. On y accueillerait plus de 2 200 entreprises axées sur la technologie et Shenzhen serait désormais souvent perçue comme plus innovante que la Silicon Valley!

Conclusion

Disposant d’un parti politique stable à très long terme, de ressources naturelles considérables, d’entreprises en haute technologie super compétitives, d’une quantité et d’une qualité de main-d’œuvre, et assurée d’une croissance soutenue à moyen et long terme, en plus de devenir le leader incontesté de l’IA d’ici 2030, la Chine possède tous les outils requis pour exercer un rôle de leader mondial au cours des siècles à venir.

Le rendez-vous manqué de la place Tian'anmen en 1989 aura été la seule et unique chance de renverser le PCC afin d’y instaurer une économie de marché sur la base du capitalisme et de la démocratie. Depuis cette date, le PCC a sans cesse grandi et consolidé ses valeurs socialistes, si bien qu’aujourd’hui les représentants des entreprises privées les appuient sans réserve, telles les 300 entreprises du Web susmentionnées.

De plus, la majorité des Chinois acquiesce docilement aux décisions de ses dirigeants et continuera à faire complètement confiance au parti-État. Le peuple chinois a compris que la philosophie du PCC, qui prône le socialisme intégré à l’économie de marché et qui continue à rejeter le capitalisme basé sur la démocratie, est la bonne voie à suivre. Pourquoi pas, quand l’on considère qu’en 100 ans (1949-2049), la Chine sera passée d’une population extrêmement pauvre à la plus riche de la planète et dont la classe moyenne sera de l’ordre d’un milliard de personnes.

Le 70e anniversaire du PCC, souligné en grande pompe, le 1er octobre 2019, a donné lieu à la publication le lendemain d’un article intitulé « Chine : un défilé pour montrer modernité et défilé militaire » par Dominique André et Élyse Delève dans la revue France Culture. On n’ose imaginer ce que nous réservera le 100e anniversaire du PCC en 2049!

Le pouvoir mondial qui a reposé entre les mains des occidentaux pendant 500 ans a déjà commencé à être transféré à l’Est, vers la Chine. La question qui tue « Que fera la Chine avec un tel pouvoir? ».  Une question à laquelle je ne peux répondre, mais dont la réponse m’inquiète énormément ! Dans les faits, le seul pays en mesure de concurrencer la Chine, aujourd’hui et dans le futur, est les États-Unis, bastion de la démocratie. Pouvons-nous vraiment y croire? Démocratie en péril, certainement!

Références

  1. Chine-USA : La guerre programmée. Le XXIe siècle sera-t-il le siècle de la revanche chinoise? Jean-François Susbielle, 2006, 379 p.
  2. Quand la Chine change le monde. Erik Izraelewicz, 2005, 284 p.
  3. La Chine contre l’Amérique : Le duel du siècle. Alain Frachon et Daniel Vernet, 2012, 264 p.
  4. China’s Economy. What Everyone Needs to Know. Arthur R. Kroeber, 2016, 319 p.
  5. La Chine au tournant. Gérard Marie Henry, 2016, 319 p.
  6. How China’s Resource Quest is Changing the World by all Means Necessary. Elizabeth C. Economy and Michael Levi, 2014, 279 p.
  7. Story of the Silk Road. Zhang Yiping, 2009,179 p.
  8. Histoire et civilisation de Chine. La République populaire de Chine, 2006, 256 p.
  9. China’s Great Wall of Debt, Shadow Banks, Ghost Cities, Massive Loans and the End of the Chinese Miracle. Dinny McMahon, 2018, 256 p.
  10.  L’offensive chinoise en Europe. Philippe Le Corre et Alain Sepulchre, 2015,195 p.
  11. Le Siècle de la Chine : Comment Pékin refait le monde à son image. Une enquête mondiale. Heriberto Araujo et Juan Pablo Cardenal, 2011, 323 p.
  12. Grand Projet des Trois Gorges : Le plus grand projet de complexe hydraulique du monde actuel. République populaire de Chine, rédacteur Li jinlong Yi chang, 2005, 139 p.
  13. Les inventions de la Chine antique. Deng Yinke, 2011,155 p.
  14. L’Économie chinoise : Le rôle de la Chine dans l’économie mondiale. Wu Li, Sui Fumin et Zheng Lei. 2014.156 p.
  15. Winner Take All : China’s Race for Resources and What it Means for the Rest of the World. Dambisa Moyo, 2013, 255 p.
  16. How The West Was Lost : Fifty Years of Economic Folly and the Stark Choices Ahead. Dambisa Moyo, 2011, 226 p.
  17. Atlas de l’Asie du Sud-Est : Les enjeux de la croissance. Hugues Tertrais, 2014, 96 p.
  18. La Chine dans le monde. Sous la direction d'Alice Ekman. Autres auteurs : Antoine Bondaz, Jean-Pierre Cabestan, Mathieu Duchâtel, Marc Julienne, Agatha Kratz, François Nicolas et John Seaman, 2018, 265 p.
  19. Quand la Chine s’éveillera… Le monde tremblera. Alain Peyrefitte, 1973, 379 p.

Le Monde diplomatique, The Economist, des reportages dans des revues spécialisées et à la télévision, et finalement le Web m’a également permis, au cours des années, de compléter mon éducation sur cet immense pays qu’est la Chine.

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Date de dernière mise à jour : 06/11/2019